| Le Baron Kevser () wrote, @ 2005-11-13 01:08:00 |
| Current music: | Downfall - Matchbox 20 |
Chapitre 4
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Note : Toutes mes excuses à Sfeek pour ne pas l'avoir remercié pour la scène des genoux... Jeez, tu étais là aussi, Oh Dieu des Pingouins^^
Note 2 : Heureusement que j'ai des slavers qui me font avancer.Chapitre 4
L’Archi Borg avait réuni ses trente plus fidèles lieutenants juste après son entrevue avec le Supra. Ils étaient partis à cheval, au grand galop, porter les ordres du Supra et de ses Archis à toutes les antennes stratégiques de l’Omi dans le Suprôme. L’heure n’était plus à la réflexion… Non, toute sa vie, il avait œuvré pour en arriver là. Les Mages de Tau ne seraient bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Une page définitivement tournée de leur histoire.
Kevser savait exactement où aller dans Tepsa pour trouver Cawo et ses hommes. Les informateurs de Park les tenaient au courant plusieurs fois par heure depuis deux jours. Le plan convenu était de tomber sur les hommes du marin qui étaient sortis se distraire ce soir là. Ensuite, quand les rangs seraient éclaircis, ils iraient trouver Cawo et il payerait pour ce qu’il avait fait, et, parce qu’il était tout ce que Kevser aurait sous la main, il payerait aussi pour ce que le Mage avait fait. Cela l’inquiétait tellement de ne pas savoir ce que traversait Volner…
Jellier marchait d’un côté, Park de l’autre. Et derrière trois de leurs hommes. Ils n’étaient que six, mais Kevser avait un avantage pour équilibrer les forces : la pratique de la magie. Il y avait trois hommes à prendre ce soir, et deux de plus qui seraient avec Cawo quand ils iraient frapper à sa porte. Ils se divisèrent en équipe de deux et se séparèrent. Il était temps de partir à la chasse.
Kevser suivait depuis un quart d’heure un des gros bras du marin depuis qu’il était sortie de l’auberge où il avait dîné. Il marchait lentement dans la ville, sans vraiment faire attention à ce qui l'entourait. Il n’avait posé aucune difficulté jusque là. Jellier était posté en embuscade deux cent mètres avant la maison de Cawo. Kevser le vit avant l’homme de main parce qu’il ne réagit pas immédiatement quand il apparut dans leur champ de vision. Pourtant, Jellier était tout ce qu’il y avait de plus visible : un géant, une lourde matraque à la main, la mine patibulaire éclairée par l’éclairage glauque d’une artère déserte de la ville. Il ne pouvait y avoir aucun doute sur ses intentions : Il cherchait la bagarre. Le type voulut faire demi-tour pour s’enfuir, mais Kevser était à présent au milieu de la rue, visible, et à l’allure tout aussi amicale que son bras droit.
Kevser trouvait toujours insultant que les gens qui ne les connaissaient pas, pensent toujours que Jellier était une plus grande menace. L’homme courut dans sa direction, décidé et les poings en avant, sans doute pour lui faire peur.
« Ecarte-toi de mon chemin ! » cria-t-il en percutant Kevser.
Les yeux de l’homme s’écarquillèrent au moment de l’impact. Au lieu de réussir à passer en faisant tomber son adversaire, de plus petit gabarit, il avait percuté un vrai bloc de marbre. Merci la Magie. Kevser lui sourit en le regardant baisser les yeux sur le poignard enfoncé jusqu’à la garde dans son ventre. L’homme déglutit, terrifié à présent et sentant sa mort venir. Kevser le tenait par l’épaule d’une main et de l’autre tournait la lame dans la blessure, la faisant monter et descendre à l’intérieur. Quand le regard de l’homme devint vitreux, la lame glissa hors de la blessure et Kevser le laissa tomber sur le sol.
Une bougie avait été allumée au premier étage d’une maison de la rue et quelqu’un regardait à travers la fenêtre ce qui se passait en bas. Un seul regard direct de Kevser suffit à lui faire souffler la bougie et à fermer les rideaux. Les aveugles vivaient bien plus vieux que les curieux. Jellier les rejoignit peu de temps après. Kevser aimait qu’il lui laisse le temps d’apprécier tranquillement ses actes, et il le savait bien. C’était pour ça aussi qu’ils étaient en équipe ce soir.
« Est-ce que tu as ta hache ? »
« Oui, maître. »
« Excellent, coupe sa tête, on l’emmène avec nous. »
« Bien, Baron. »
« Et dépêche-toi, nous n’avons pas beaucoup de temps. »
Trois coups de hache et la tête fut détachée du reste du cadavre. Jellier la prit sous son bras. Park était là, dans la ruelle qui bordait la maison de Cawo, avec les trois autres. Tous en longues capes grises. Park, elle, avait en plus une balafre sur la joue qu’elle n’avait pas eue tout à l’heure. Son mari risquait de ne pas être content. Park, une de ses plus fidèles collaboratrices. Park la fille rebelle d’un Concil que ses parents avaient ramené de force dans le droit chemin et obligée à rentrer dans le moule en épousant un Concil à son tour. Ce qui n’était pas une réussite très probante quand on savait qu’à quarante-cinq ans, elle était aussi le meilleur assassin de la ville. Elle avait toujours soutenu le Baron Kevser depuis sa prise de pouvoir au Souffle du Désir jusqu’à l’expansion de son organisation pour devenir ce qu’elle était aujourd’hui. Park avait naturellement pris la tête de son groupe d’assassins, formant même les plus jeunes. De part sa position sociale, elle disposait d’un excellent réseau d’informateurs sous la forme de femmes du monde avides des derniers potins sur leurs semblables en plus des gens qu’ils payaient dans les quartiers moins fortunés de la ville. Elle faisait toujours rire Kevser quand elle insistait pour recevoir tout le monde dans le quartier Ouest. Elle les faisait boire et manger, eux les criminels, dans la porcelaine fine de son cher Concil de mari. On trouvait son plaisir où on le pouvait, et Kevser comprenait bien ce genre de revanche silencieuse. Quarante-cinq ans et Park Yesser était au mieux de sa forme.
« Je vois que vous avez fait quelques emplettes, Baron, » dit-elle en désignant Jellier et son paquet.
« Juste un cadeau de bienvenue pour Cawo. Malheureusement, je ne fais pas la cuisine, mais un presse-papier sera tout aussi approprié qu’un gâteau, vous ne trouvez pas ? »
« Tout à fait, tout à fait, » approuva Park.
Kevser parcourut des yeux les cinq personnes qui composaient sa garde rapprochée de la soirée. Certains avaient un peu de sang sur eux, mais Park était la seule blessée, et encore, très légèrement.
« Allons-y. Rappelez-vous, personne ne bouge avant mon signal. Occupez-vous des hommes de mains mais laissez-moi Cawo. »
Tous hochèrent la tête avant de suivre Kevser chez Cawo.
Ferial était occupée avec le dénommé Volner depuis une heure déjà. Elle l’avait saigné pour pouvoir le lire tranquillement toute la nuit s’il le fallait. Elle avait posé des questions mais il ne semblait vouloir répondre à aucune d’entre elles. Ferial soupira, frustrée. Contrairement à ce qui se disait dans son dos, elle ne prenait aucun plaisir aux interrogatoires violents. Enfin pas beaucoup. Et ce gamin était trop mignon pour être abîmé si jeune. Il aurait fait tourner bien des têtes à la Guilde s’il n’avait pas été détourné par le Baron Kevser. Un rituel de compulsion prendrait trop de temps et il faudrait attendre la lumière du jour. Elle essaya une dernière fois.
« Qui est le Baron Kevser ? Quel est son vrai nom ? »
« … »
« Très bien, tu ne me laisses pas le choix, gamin. J’espère que tu t’en rends compte. » Elle se tourna vers Jon. « Insonorise la pièce, je ne voudrais pas que ses cris réveillent les autres Mages. »
Ferial vit les yeux du jeune homme s’agrandir et ses mains, attachées aux accoudoirs du fauteuil dans lequel ils l’avaient installés, commencèrent à s’agiter nerveusement. Elle ne lui donnait pas cinq minutes quand elle aurait commencer avant qu’il ne se mette à chanter. Elle n’aurait sans doute même pas à sortir ses couteaux… Elle les adorait pourtant. Un ou deux coups de fouet et il se transformerait en moulin à paroles.
Quand Jon eut fini de poser son sort, elle lui ordonna de déshabiller Volner et de le préparer à recevoir quelques coups. Jon s’exécuta et transforma la chaise en arche de bois fixée au centre de la pièce, et y fixa le jeune homme nu par les bras. Bien qu’il ne fasse pas froid, il devait trembler et claquer des dents car Ferial, le dos tourné, entendait le bruit de ses chaînes et de ses dents s’entrechoquant pendant qu’elle préparait son fouet. Pauvre garçon.
Ferial emmenait toujours quelques instruments pour les interrogatoires difficiles. Ils variaient selon l’humeur dans laquelle elle était au moment de faire ses bagages, mais elle emportait son fouet dans tous ses déplacements. Il ne prenait pas de place puisqu’il n’y avait en fait, qu’un manche d’une quinzaine de centimètres en bois recouverts de cuir pour une prise parfaite. Le reste était créé par un sort pour qu’elle puisse décider, et maîtriser entièrement, les dégâts qu’elle infligeait à ses prisonniers. Elle opta pour des lanières multiples et brûlantes. Elle pensait que les brûlures infligées en plus n’étaient pas forcément nécessaires mais si ça pouvait diminuer le nombre de coups qu’elle donnait… L’odeur de la chair brûlée avait toujours un effet sensationnel lors des interrogatoires.
Ferial testa l’équilibre de son instrument en le faisant claquer plusieurs fois dans les airs. Elle rectifia légèrement son sort et quand elle fut prête, elle se retourna pour faire face à Volner. Jon, adossé au mur en face d’elle, avait fait du beau travail. Les chaînes étaient lâches juste ce qu’il fallait pour rendre la situation la plus frustrante possible pour le prisonnier qui essayait d’éviter les coups. Assez pour lui donner l’illusion qu’il pourrait y parvenir mais pas suffisamment pour qu’il puisse effectivement le faire. Jon avait du apprécier les mêmes cours qu’elle pendant son apprentissage. Le blond avait déjà les larmes aux yeux et était rouge d’humiliation. Et à ce qu’elle voyait en parcourant son corps des yeux, le joli garçon avait de quoi être humilié.
« J’espère que ce n’est pas avec ça, » elle désigna son pénis, goguenarde, « que tu comptais garder Tali. »
Oh non… Il pleurait maintenant. Elle voyait de grosses larmes qui coulaient sur ses joues, elle qui pensait que le Baron Kevser était un adversaire de qualité. Son entourage laissait fortement à désirer. Elle fit claquer son fouet encore une fois, avant de se mettre au travail. Elle leva le bras et…
« Non…Non…Pitié, je vais parler, » gémit-il.
Ferial qui avait stoppé son geste de façon nette en entendant sa voix entrecoupée de sanglots, cligna des yeux plusieurs fois avant de comprendre. Elle s’approcha de Volner en réajustant ses lunettes pour l’observer plus attentivement.
« Tu veux parler maintenant ? »
Il hocha la tête avec ferveur en réponse et le visage de Ferial se décomposa. Oh oh. Pas de fouet cette nuit, apparemment. Elle le garda tout de même sous la main au cas où, s’il changeait encore d’avis par la suite.
« Qui est le Baron Kevser alors ? Quel est son vrai nom ? »
« Kevser est son vrai nom. » répondit-il sans la regarder, la tête baissée.
Ferial pouvait lire que c’était la vérité. Ou ce qu’il pensait être la vérité. Parce qu’elle n’avait jamais entendu parler d’un Mage dénommé Kevser, et une chose était sûre, Kevser était un Mage.
« Quand a-t-il quitté Tau ? Est-ce qu’il a simulé sa mort ? »
« Kevser n’a jamais été de Tau. Nous crachons sur votre Guilde. »
« Impossible ! Comment aurait-il pu apprendre sinon ? »
« A votre avis ? »
« C’est moi qui pose les questions ici. »
Agacée, Ferial caressa le manche de son fouet du bout des doigts pour prouver ce qu’elle affirmait.
« D’accord, d’accord. Je n’ai jamais connu celui qui le lui a appris, mais il se peut qu’il ait été de Tau. C’était avant que je n’arrive au Souffle du Désir. »
« Quel est son nom ? »
« Je ne sais pas… On ne parle pas de lui. »
« Comment a-t-il fait pour trouver Kevser, et vous, avant la Guilde ? Comment ? »
Volner ricana.
« Vous croyez que votre système est sans faille ? Vous croyez que quand vous venez examiner les enfants, on vous les présente tous ? Vous pouvez peut-être trouver ceux que les parents cachent, mais ceux qui ont été vendus en esclavage ne sont jamais testés. Ils sont morts pour tout le monde sauf pour leur maître. C’est en m’achetant que Kevser m’a trouvé. »
Ferial était choquée de ne lire que la vérité dans ses propos outranciers. Elle s’était mise à tenir son pendentif de sa main libre, comme pour se protéger. De possibles Mages, esclaves ? Alors qu’ils étaient déjà si peu nombreux ? Ces frères et sœurs soumis à des maîtres stupides et inférieurs ? Cette idée lui donnait envie de vomir. C’était tout ce que la Guilde combattait : l’asservissement des leurs. Combien de mages potentiels avaient été ainsi gâchés au fil des années ? Qui les possédaient ? Et plus important, savaient-ils quel trésor ils avaient entre leurs mains dégoûtantes ?
Elle devait prévenir Maître Cianith. Il fallait immédiatement s’occuper de ce problème. Il fallait les retrouver, et les ramener à Tau. Cela ne pouvait pas attendre, il fallait… Son regard croisa celui de Jon. Il semblait tout aussi secoué par cette idée qu’elle l’était. Il fallait pourtant qu’ils se reprennent. Allez ma fille. Si horrible que le problème pouvait être, même si tout cela n’était pas que des mensonges implantés dans le crâne de Volner par le Baron Kevser pour le manipuler, se précipiter n’y changerait rien. Mais cela pouvait compromettre sa mission actuelle. Et il était vital pour la Guilde de capture Kevser. Encore plus maintenant qu’auparavant.
« Où se cache le Baron ? »
« Je ne sais pas. »
« Essaie de deviner. »
« Je ne sais pas. Kevser ne quitte presque jamais le Souffle du Désir et ne dort jamais ailleurs. C’est une question de confiance. »
« J’en suis sûre… » Elle était sceptique mais ne pouvait déceler que la vérité.
« Décris-moi Kevser. »
« Cheveux châtains, des yeux bleu-vert, habillé dans les tons foncés. »
Ferial attendit un instant qu’il complète sa description, mais non, rien.
« C’est tout ? Est-il grand ? »
« Normal. »
« Un nez cassé ? Droit, de travers ? En choux-fleurs ? »
« Non, il est plutôt fin. »
« Un tatouage ? Un bijou voyant ? »
« Non. »
Ferial qui avait déjà dans la tête comme Baron Kevser, un personnage anonyme et passe-partout, en eut assez du chouineur. Elle consulta Jon du regard qui semblait être du même avis. Il ne servait à rien de continuer à l’interroger maintenant. Il n’était pas loin de deux heures du matin, il les avait déprimés, ils étaient tous fatigués et le gamin serait toujours là le lendemain matin. Et ils auraient un rituel de compulsion, rituel qui semblait bien plus alléchant maintenant.
« Tu l’installes dans une des chambres libres. Je vais t’aider à le boucler pour la nuit. »
« Bien sûr, Mage Ferial. »
« Mets-le à côté de la mienne. »
Ferial commença à ranger ses affaires, désamorça son jouet pendant que Jon s’occupait de Volner. Mais alors qu’elle caressait encore le manche de son fouet avec regrets, une impression de danger attira son attention. Elle fit volte-face juste à temps pour pouvoir parer un sort de ce cher Volner. Jon n’avait pas eu cette chance. Il était à terre, les mains autour du cou. Il semblait ne plus pouvoir respirer. Le gamin s’était bien fichu d’eux. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle ne l’avait pas vu venir plus tôt.
Le jeune homme n’avait plus rien du gamin apeuré qu’il était quelques minutes plutôt. Il semblait vouloir en découdre. Ses cheveux blonds étaient électriques, et elle pouvait le sentir préparer un nouveau sort. Aider Jon qui tournait au violet et n’était plus en mesure de lancer un contre-sort pour sauver sa vie, ou s’occuper du gamin ? La question ne se posait même pas pour un Mage de l’Oma. Elle créa immédiatement une vague de mouvements dans la pièce tout en contrant son sort. Un débutant comme lui n’avait aucune chance. La vague le déséquilibra et le fit tomber. Il avait de la chance qu’elle ne souhaite pas le tuer. Elle prit le temps ensuite de le paralyser avant de s’occuper de Jon.
Elle tendit sa main à son collègue pour l’aider à se relever et ils contemplèrent tous les deux Volner avec un nouvel intérêt. Jon sembla lui poser une question du regard, elle haussa les épaules. Il lui donna un bon coup de pieds dans les côtes. Puis ils le relevèrent et le replacèrent sur l’arche. Puis Ferial lui ôta la paralysie avant de le gifler. Parce qu’il n’était pas question pour lui de croire qu’on pouvait se moquer d’elle.
« Mon garçon, tu as fait une erreur. Et nous allons adorer te montrer à quel point le regret va pouvoir te dévorer. »
« … »
Il était retombé dans son mutisme. Cela ne dérangeait pas Ferial. Elle passa sa langue sur ses lèvres. Elle aurait l’occasion d’utiliser son fouet finalement. Elle tapota la joue de Volner qui portait la marque de sa main. Elle était prête à se dévouer pour lui apprendre les bonnes manières. Quelqu’un aurait du le faire depuis longtemps. Elle se souvenait que Tali avait dit qu’il désobéissait au Baron. Si on tolérait là-bas ses écarts, ce n’était pas son cas à elle.
« Jon, je crois que notre nuit vient juste de se prolonger. »
« Aucun problème pour moi, Mage Ferial. »
« Pour moi non plus, » sourit-elle.
Mais le sort avait décidé de s’acharner sur elle car alors qu’elle incantait sur son fouet, on frappa à la porte. C’était Than qui souriait jusqu’aux oreilles et avait l’air particulièrement fier.
« Mage Ferial, le Baron Kevser est en mouvement en ville. Il va régler ses comptes chez Otulk Cawo. Il y est avec quelques uns de ses hommes. »
Ferial sourit à son tour. Très bien, elle était mauvaise langue, la chance avait décidé de tourner en fin de comptes. Tant pis pour sa séance avec Volner.
« Excellent. Je vais enfin pouvoir le rencontrer. »
« On emmène quoi, » demanda Than, impatient.
« Jon, j’ai besoin que tu restes avec le gamin au cas où ce serait une ruse pour éloigner l’Oma d’ici pendant qu’ils font un raide pour délivrer leur petit apprenti. »
« Bien, Quatrième, » accepta-t-il immédiatement bien que son visage trahissait sa déception d’être mis à l’écart pour ce qui promettait d’être l’arrestation de l’année.
« Je compte sur vous pour lui expliquer qu’on ne s’en prend pas à un Mage sans payer le prix fort, n’est-ce pas, Jon ? »
Le Mage reprit un peu de sa bonne humeur.
« Bien sûr. Je saurais être à la hauteur. »
« Je n’en doute pas une seconde. »
« Kevser vous mettra tous à genoux, jamais vous ne l’aurez jamais, » cracha Volner.
Ferial qui était la plus proche de lui le dit taire d’un coup de coude amical dans les côtes. Elle confia son fouet à Jon et le laissa gérer Volner comme il le souhaitait mais en lui rappelant que les Mages obéissaient tout de même à un certain code déontologique. Pas de viol, pas de meurtres pendant les interrogatoires. Le reste était complètement libre. Ah la joie d’être de l’Oma. Aucun compte à rendre si ce n’était à Maître Cianith.
Than et elle se dirigèrent vers le quartier sud d’un bon pas. Il ne fallait pas arriver après la fête. Ferial voulait tellement attraper ce Baron Kevser. Elle était curieuse de nature mais ce type invisible lui avait complètement retourné les méninges. Il fallait qu’elle sache qui il était. Et qu’elle le ramène en trophée à Maître Cianith. Elle se voyait déjà, promue Troisième de l’Ordre. Elle se sentait pousser des ailes en avançant dans la rue. Pour un peu elle aurait chantonné. Cette soirée allait être un succès complet.
La maison de Cawo était là. Et elle pouvait voir un groupe de quatre personnes qui faisaient le guet à côté. Sûrement le Baron et ses hommes. Mais tant qu’elle n’était pas certaine qu’il était avec eux, elle préférait rester discrète. Elle ne voulait pas échouer si près du but à cause de son impatience. Ferial fit signe à Than de monter. Elle espérait qu’il maîtrisait la lévitation aussi bien qu’elle. Ils s’installèrent sur le toit de la maison qui faisait face et attendirent en silence.
Deux individus, un géant et un nain rejoignirent les deux autres. Enfin un nain, tout était relatif… parce que son compagnon était vraiment immense. Il ne passait pas inaperçu comme elle se l’imaginait, mais sa carrure pouvait coller avec certaines rumeurs qu’elle avait entendues en ville sur le Baron. Ils discutèrent un instant avant de passer la porte de Cawo. Ferial attendit deux minutes avant de faire signe à Than qu’il était temps qu’ils se bougent. Elle voulait le Baron.
Than étouffa la porte d’entrée pendant qu’elle plaçait une illusion sur eux. Ils entrèrent chez Cawo. Un couloir semblait mener à une salle commune d’où s’élevaient des voix. Ils approchèrent pour voir deux groupes, un de quatre, et un de six se faire face dans ce qui semblait être la réplique de la taverne au rez-de-chaussée du Souffle du Désir. Sauf que le mobilier semblait plus neuf et qu’il n’y avait pas encore cette odeur d’alcool et de sexe dans l’air.
Le groupe de Cawo ne comptait que des hommes, armés de matraques. Cawo ne se distinguait en rien des trois autres, aussi décida-t-elle qu’il devait être celui qui parlait et qui avait sous le pied droit une tête fraîchement tranchée. Franchement, on n’apprenait plus rien aux criminels : Les mutilations de ce genre était d’un démodé… Dans l’autre groupe, les hommes portaient tous des capes grises qui couvraient jusqu’à leurs têtes. De la où elle était placée, elle ne pouvait voir personne. A part le géant, les autres n’avaient pas l’air particulièrement grands et musclés. En tout cas pas autant que Cawo et ses amis.
« Si vous croyez que votre groupe de bras cassés me fait peur, Baron, vous vous trompez. La tête de Jipé n’y change rien, » fit Cawo en s’adressant au géant.
Ferial frémit d’excitation. Le Baron Kevser. Il était bien là, dans la même pièce qu’elle. Oh elle allait lui faire passer l’envie de jouer avec Tau. Elle devait faire tout son possible pour ne pas le prendre tout de suite.
« Oh charmant… Vraiment, je ne sais pas pourquoi tout le monde pense toujours que c’est le type le plus grand qui doit être le plus méchant. Je suis le Baron Kevser. »
Ferial reconnaissait vaguement cette voix. Elle lui disait quelque chose… Mais peut-être pas dans cette intonation, peut-être pas avec ce charisme et cette autorité derrière. Le Baron claqua des doigts et les capes de ses acolytes et la sienne tombèrent. Ferial faillit glapir en voyant de qui il s’agissait. Des cheveux auburn ramenés en queue de cheval, un petit mètre soixante, un pantalon noir, une chemise rouge sombre et des bottes à talons, pas besoin de voir son visage pour s’apercevoir de qui il s’agissait.
« Une femme, le Baron Kevser dont tout le monde a peur est une femme, » s’esclaffa Cawo, suivi de près par ses hommes. « Ça va être encore plus facile que ce que je pensais. »
« Bien sûr… Vous savez Cawo… Ceux qui connaissent mon secret ne sont pas laissés en vie. »
« Avec quelle armée ? Deux femmes déguisées en homme et leurs copines, je suis mort de frousse. »
Ferial remarqua alors qu’il y avait une autre femme. De sa taille, en noir de la tête aux pieds. Elle n’avait prêté attention à rien si ce n’est au fait que le fameux Baron Kevser était une femme… et pas n’importe laquelle, s’il vous plait. Than, à côté d’elle, semblait attendre des ordres qu’elle était dans l’incapacité de donner. Le Baron Kevser était sur ses genoux quelques heures auparavant. Elle avait peloté le Baron Kevser. Elle décida de laisser les deux groupes s’affronter. A moins que quelque chose menace le Baron… Ta… Kevser quelque chose… ne soit menacée de mort. Il la lui fallait vivante pour… Pour quoi déjà ? Ah oui, un interrogatoire. Important les interrogatoires. Vraiment…
Than lui donna un coup de coude. Kevser utilisait de la Magie. Ce qui n’était pas une surprise parce qu’elle avait soupçonné le Baron d’être un mage renégat depuis le début. Mais voir cette petite garce faire de la Magie et s’en servir pour faire exploser la tête d’un homme, de façon très artistique d’ailleurs nota Ferial en passant, était quelque chose de complètement inattendu. Bonne nouvelle, les autres n’utilisaient que leurs muscles. Ils ne firent qu’une bouchée de Cawo et ses hommes. Un des leurs était blessé sérieusement, mais les autres semblaient en forme.
Ferial fit signe à Than qu’il était temps pour eux d’agir. Than devait s’occuper des Non Mages, le Baron était pour elle. Oh elle allait payer cette petite garce pour s’être fichue d’elle ces derniers jours. Oh oui. Ferial ôta le sort qui les couvrait, les révélant ainsi aux yeux des autres. Elle était tellement furieuse qu’elle avait du mal à se contenir et à ne pas massacrer cette fille sur le champ.
« Bonsoir Tali… Ou devrais-je plutôt dire, Baron Kevser ? »