| Le Baron Kevser () wrote, @ 2005-11-19 22:51:00 |
| Current music: | The Company of Men - Eliza Carthy |
Chapitre 6
Nb de mots : 6318
Nb de mots total : 31631
Note 1 : Je crois qu'il est un peu bizarre parce qu'il a été écrit en plein de petits bouts...
Note 2 : Honte à moi, je me suis pas relue... j'ai la flemme. Je relierai ça demain matin^^ Chapitre 6
Ferial s’était réveillée une heure plus tôt et, encore une fois cette semaine, elle n’avait pas su où elle se trouvait. Un observateur, qui se serait récemment mis à étudier sa vie, pourrait penser que c’était comme ça tout le temps. Et en vérité, il aurait sans doute raison. Ferial oubliait complètement ce qui l’entourait lorsqu’elle s’endormait. Ce matin là, qui était en fait une après-midi, mais passons, ce matin là, donc, elle réussit sans trop de difficultés à se souvenir des découvertes macabres qu’elle avait faites la veille, les Mages morts, l’édit du Supra, la maison de Tau à Tepsa brûlée. Et Kevser, forcément elle, la prenant en traître, une fois de plus, alors qu’elle était encore sous le choc de ce que subissait la Guilde et les siens. Elle se souvenait très bien du coup sur la tête. Son crâne, douloureux, et la bosse, énorme, sous ses cheveux, ne le lui laissaient pas oublier. En revanche, elle ignorait absolument où elle se trouvait. Elle avait fouillé le Souffle du Désir de fond en comble, et ne se souvenait pas du tout de cette pièce. A moins d’avoir raté une porte dérobée, et ça, c’était impossible tant elle s’était appliquée, Kevser avait une autre cachette en ville. Suffisamment discrète ou inutilisée pour que l’Oma n’en ait pas connu l’existence.
Ferial avait d’abord décidé de ne pas bouger. Elle était plus ou moins reposée, elle devait en profiter pour réfléchir au calme sur ce qu’elle ferait maintenant que le Supra voulait tous les faire exécuter. Elle se demandait comment les autres Mages allaient. Elle se demandait lesquels étaient morts, lesquels vivaient, lesquels étaient, comme elle, dans une situation précaire. Elle était certaine, ou plutôt elle espérait très fort, que l’enceinte de la Guilde n’avait pas été violée. Il n’y avait aucune raison pour que l’Omi ait pu s’infiltrer là. L’Oma avait son quartier général là-bas et le plus grand nombre de ses représentants. Les Non Mages n’avaient quasiment jamais accès à l’intérieur de l’enceinte, ils connaissaient mal le terrain. Et pas un Mage n’aurait laissé un détachement armé de l’Omi pénétré chez eux. La Guilde devait toujours tenir, derrière les murs d’enceintes. Le Conseil devait être toujours au cœur de la citadelle. Maître Cianith devait être là-bas, avec nombres d’entre eux, en sécurité, à la périphérie de Perk et à moins d’une dizaine de kilomètres du palais du Supra. Il fallait qu’elle les rejoigne.
Sa jambe la grattait, c’était insupportable. Elle arrivait à maîtriser son corps la plupart du temps, mais elle ne pouvait jamais dominer entièrement ses démangeaisons. Elle frotta sa jambe contre les draps, refusant fermement de céder à la tentation. Elle faisait ainsi craquer le lit et déclenchait un bruit de ferrailles très déplaisant à son oreille. Elle se forçait à méditer en regardant le plafond d’un blanc presque parfait.
Elle devait rejoindre Perk… Mais en suivant quelle route ? Sortir de la ville risquait déjà d’être périlleux. Les portes étaient déjà gardées par l’Omi en temps normal, mais s’il la savait en ville et plus ou moins libre, ils feraient tripler ou quadrupler les effectifs pour l’empêcher de s’enfuir. Pouvait-elle se permettre d’utiliser autant d’énergie juste pour sortir de la ville ? Que ferait-elle ensuite ? Peut-être devrait-elle au contraire rester à Tepsa et combattre l’ennemi de l’intérieur. Tendre des pièges à l’ Omi. Tuer l’Archi et ses Concils… Mais ce serait rapidement le chaos si personne n’était plus là pour diriger la ville. Et rien n’empêchait le Supra d’envoyer d’autres troupes pour remplacer celles qu’elle éliminerait.
Ah… Ces chaînes ne la laissaient pas réfléchir tranquillement. Sa geôlière avait cru bon de l’attacher au lit pour ne pas qu’elle s’enfuisse. Elle n’avait pas pensé en Mage : les chaînes étaient complètement normales. Elle avait besoin de se lever. Elle n’était même pas bâillonnée. Du travail d’amateur. Elle tira un peu sur celle qui tenait son bras droit. Mmm. Au moins elles étaient fixées au mur et pas au lit. Elle incanta et les bracelets de métal grisâtre se brisèrent, et les chaînes glissèrent pour la libérer. Elle se leva et fit quelques pas dans la pièce. Sa peau était d’une couleur violacée presque uniforme. Elle avait des bleus sur tout le corps, mais elle se sentait plutôt à l’aise dans ses mouvements. Pas de courbatures trop vilaines. Ferial profitait pleinement du plaisir d’être magique.
Une fois qu’elle aurait franchi les portes de la ville, si elle choisissait de partir, plusieurs alternatives s’offraient à elle. Elle pouvait remonter directement sur Perk, marchant dans les fossés pour ne pas être repérée, ou si elle trouvait un cheval, coupant à travers les champs. Une fois qu’elle serait là-bas, elle retrouverait les autres Mages et elle serait de nouveau aux ordres de Maître Cianith. Elle pourrait également tenter de retrouver d’autres survivants. Il était impossible qu’elle soit la seule à s’être sortie vivante de la traîtrise du Supra. Ils devaient y avoir des Mages à Liurk, Kesh, ou ailleurs, qui étaient aussi surpris et désemparés qu’elle pouvait l’être. S’ils remontaient tous ensemble sur Perk, ils pourraient causer de sérieux dégâts et aider efficacement les Mages qui étaient sans doute assiégés dans l’enceinte de la Guilde. Une petite dizaine de Mages suffiraient à causer énormément de pertes aux forces des Archis et du Supra. A condition que leurs ennemis n’aient pas dans leurs manches de Mages du genre du Baron Kevser et de Volner. Des Mages dont la Guilde ignorait l’existence et qui pourtant savaient utiliser la Magie tout comme eux. Si c’était le cas, la situation était bien plus compliquée.
Il n’y avait qu’une penderie dans la pièce, le seul meuble en dehors du lit. Un environnement de caserne qui ne lui était pas entièrement étranger. Ferial ouvrit les portes. Sans surprise, elle était vide, mais il y avait un petit miroir accroché sur l’une des portes. Elle coiffa ses cheveux de son mieux, et fixa son chignon d’un sort. Son pendentif, en argent, ressortait très bien sur sa peau violacée. Elle se demandait si elle devait son état à Kevser. Ferial rougit en pensant à ce qui avait pu se passer. Elle n’était pas très sûre de la réponse qu’elle préférait.
Il faudrait qu’elle décide rapidement de ce qu’elle allait faire pour Tau. Elle ne se voyait pas rester à Tepsa, pas plus qu’errer dans le Suprôme à la recherche d’autres Mages de Tau. Elle pensait que son devoir était d’abord de rejoindre Perk et la Guilde, parce que c’était de là-bas que les Mages pourraient lancer leur contre-attaque. Et aussi parce qu’elle ne s’était jamais sentie aussi seule que depuis qu’elle avait trouvé les corps calcinés de Jon et Darl et qu’elle avait lu l’édit. Elle avait l’impression d’être perdue dans un monde qu’elle ne connaissait pas, elle devait rentrer à Perk pour retrouver ce qui restait des siens. Et si sur le chemin du retour, elle rencontrait des Mages, tant mieux. Sinon, elle se contenterait des ordres que Maître Cianith lui donnerait quand elle arriverait.
Ses lunettes lui manquaient. Elle ne réussissait pas à distinguer tous les détails autour d’elle. La porte était verrouillée par autre chose qu’un seul verrou, de ça, au moins, elle était certaine. Mais le sort n’avait rien d’insurmontable. Elle le fit sauter le temps d’un battement de cils. Elle tomba sur un couloir de portes fermées et un escalier. Du bruit venait d’en bas : des éclats de voix, des tasses que l’on posait sur un meuble. Elle descendit les escaliers sur la pointe des pieds et suivit la lumière jusqu’à ce qui devait être le salon.
Kevser s’était déjà tournée vers elle. Elle devait avoir l’ouie extrêmement fine. Elle n’avait pas l’air ravie de la trouver là, mais n’avait pas l’air surprise qu’elle ait réussi à se libérer. L’homme qui discutait avec elle, jeta un coup d’œil par-dessus son épaule pour voir ce qui intriguait sa patronne, et cracha ce qu’il buvait en la voyant.
« Joli pendentif, » remarqua Kevser en buvant une gorgée de ce qui devait être du thé à l’odeur.
« Merci. » Ferial prit place à coté d’elle.
« J’aurais peut-être du vous interroger pendant que vous étiez encore dans la chambre. »
« Vous avez raté votre chance. Vous ne pouviez pas penser que cela me retiendrait très longtemps. » Elle jeta un coup d’œil à l’homme aux cheveux bruns roux qui ne cessait de la regarder, « enfin lui peut-être... Il n’a pas l’air d’avoir vu beaucoup de Mages avant moi. »
Ferial allongea le bras et s’empara de la tasse posée devant Kevser. Elle avait soif et aucune envie d’être aimable. Oh. Le thé n’avait pas ce goût là à Perk. On ne le coupait pas avec de l’alcool dans l’enceinte de la Guilde. Ou en tout cas, on ne lui en avait jamais parlé. Elle qui avait un peu froid en fut toute réchauffée.
« Charmant… » lâcha Kevser en se servant une autre tasse.
Le Baron observait, agacée, l’homme qui était devenu rouge et dont le regard tombait un peu trop bas sur Ferial. Le Mage savait qu’elle était grande et plutôt jolie et que beaucoup d’hommes dans le genre de celui-ci la trouvaient à leur goût, mais quand même, ce type ne savait pas se tenir. Si Ferial avait été seule, elle l’aurait corrigé pour lui apprendre les bonnes manières.
« Ezek, attends dehors, » finit par dire Kevser.
Ferial sourit, hautaine, en voyant le manque de réaction de l’homme. Le Baron dut taper sur la table devant lui pour qu’il se décide à bouger. Elle surveilla sa sortie avant de se tourner vers elle. Ferial n’avait jamais remarqué que Tali avait un regard si expressif. La prostituée savait être en colère ou allumeuse, mais en dehors de ça… Le Baron semblait avoir une gamme plus large de sentiments à jouer.
« Joli pendentif, » répéta-t-elle. « Un symbole intéressant. Je n’ai pas réussi à le prendre. »
« Merci, » répondit le Mage de Tau de nouveau, sans donner la moindre explication.
Elle tapotait sur la table en attendant que son hôtesse parle et profitant de ce moment de silence pour observer Kevser et essayer de relever d’autres différences entre elle et le personnage qu’elle avait joué. Elle n’eut pas à attendre longtemps… Kevser n’avait peut-être pas le même regard que Tali, mais elles partageaient la même impatience.
« Voilà comment je vois les choses. Pour une raison qui ne m’intéresse absolument pas vous êtes tout à coup en froid avec l’Omi. Vous voulez les tuer, et c’est réciproque. » Kevser marqua une pose, faisant mine de réfléchir. « Bon, eux, je les comprends, d’accord, je suis même plutôt de leur avis, vous tuer rendrait service à tout le monde. Peu importe de toutes façons, vous n’avez aucun intérêt à ce qu’on se batte. Vous n’avez pas de temps ni d’énergie à accorder à ça. Sans compter le vacarme, et si on doit en arriver là, comptez sur moi pour ameuter tout le quartier. L’Omi sera sur vous en rien de temps. »
Ferial était presque sûre que si elle concentrait son attaque, elle pouvait tuer Kevser avant qu’elle n’ait eu le temps de réagir et sans que le dénommé Ezek, sans doute posté juste à l’extérieur, ne remarque rien. Mort ou vivant, le Baron Kevser n’était plus sa priorité depuis le moment où elle avait compris qu’elle n’avait rien à voir avec ce qui s’était passé dans la Maison de la Guilde. A la rigueur, Ferial la préférait morte parce que cela éviterait qu’elle revienne les mordre plus tard. Mais un sort aussi violent et silencieux pomperait beaucoup de son énergie. Et il fallait qu’elle garde absolument des forces pour sortir de la ville, car elle aurait sans doute à se battre pour passer les portes.
Un Théoricien vaut cent Omis
A condition qu’il soit gonflé à bloc et plus concentré que jamais. Elle ne savait pas combien d’Omis elle pourrait tuer avant d’être trop fatiguée. Et si elle s’en sortait, elle devrait trouver un point rapide pour se reposer et récupérer. Il valait mieux qu’elle garde ses forces pour plus tard, quand il y aurait quelque chose de vraiment intéressant et important, autrement dit, pas Kevser, la criminelle locale mais les traîtres qui avaient poignardé Tau.
« Tu proposes quelque chose ? »
Kevser semblait chagrinée, comprenez irritée, par la familiarité dont elle usait. Ferial ne voyait pas ce qui posait un problème : ce n’était même pas un vrai mage.
« Volner et je te laisse partir avec… » Elle regarda Ferial de la tête aux pieds, « de quoi passer inaperçue. Et de quoi manger. »
« Je n’aime pas le chantage. Si je vous tue, toi et ton ami, je pourrais partir et je n’aurais qu’à fouiller vos cadavres et la maison pour trouver ce dont j’ai besoin. »
« Tout comme de nombreux problèmes. A toi de voir ce que tu préfères. »
« Vous avez vu ce qui est arrivé à la maison qu’occupait la Guilde, qu’est-ce qui peux bien te faire croire qu’il est encore en vie ? »
Kevser se pencha pour planter son regard dans le sien.
« Il vaudrait mieux pour toi qu’il soit toujours vivant. Vous vous êtes disputés avec l’Omi, parfait, je m’en fous. Mais j’espère pour toi qu’il n’a pas subi les conséquences de vos problèmes. Parce que crois-moi, d’une manière ou d’une autre, tu payeras. »
Ferial trouvait léger de parler de simple dispute entre l’Omi et la Guilde. La Guilde était en guerre contre le Supra, c’était ça la réalité. Dispute. Tout ça s’approchait plutôt d’une trahison de Tau organisée dans les plus hautes sphères du pouvoir. Le Supra en personne avait signé l’édit. Comme s’il était vraiment en son pouvoir de faire une chose pareille. La Guilde de Tau était peut-être une institution, mais c’était avant tout un état d’esprit. La somme de tous les Mages. Une grande famille soudée par l’amitié et des valeurs communes différentes de celles du reste du Suprôme. Jamais un papier écrit par un homme à qui la plupart des Mages, elle y comprit, ne reconnaissaient aucune autorité sur eux ne changerait ça.
« Tu as une façon étrange et étriquée de voir les choses. »
« Volner. » Les jointures de ses mains étaient devenues blanches autour de sa tasse. Ferial voyait bien que c’était la seule chose qui importait à ses yeux.
« L’Omi a emmené les guérisseurs, » finit-elle par dire, « il se peut que Volner ait été compté parmi eux. Il n’était pas du nombre des cadavres que j’ai trouvés à l’intérieur de ce qui restait de la maison. »
« Emmené ? Où ça ? »
Ferial haussa les épaules. Elle n’en savait rien. Retrouver les guérisseurs n’était pas sa priorité. Ils étaient importants parce qu’ils étaient des Mages de Tau mais dans les conflits qui se préparaient, ils ne seraient pas en première ligne. Ils ne savaient pas se battre pour la plupart et ne supportait généralement qu’on ôte la vie. Ils étaient utiles à l’arrière des batailles, pour sauver les blessés. Mais ne faisait pas une grande différence.
« Tout ça, c’est de votre faute. Je pourrais t’échanger contre lui.»
« N’espère pas que je me laisse faire. Vous ne faites pas le poids.»
« La dernière fois… »
« La dernière fois, vous avez eu de la chance. Tu veux parier ta vie et celle de ton précieux Volner sur ta bonne étoile ? »
Kevser se leva pour marcher énergiquement dans la pièce. Ferial jouait avec son pendentif, cadeau de son oncle Feyrn quand elle avait terminé son apprentissage, en la regardant faire les cent pas. Elle ne s’était visiblement pas changée depuis qu’elles s’étaient affrontées. Sa chemise rouge était encore couverte de sang. Son pantalon noir était déchiré par endroit, ses cheveux qu’elle avait toujours vus impeccables avant, étaient emmêlés et sa queue défaite partiellement. Elle n’aurait pas pu imaginer Tali, la jolie femme fragile, avec des cernes, mais le Baron Kevser, l’étrange meneur d’hommes, en avait.
Un coup frappé à la porte les interrompit dans leurs réflexions. C’était Ezek, qui revenait avec une des affiches annonçant le décret du Supra dans la main. Il la montra à Kevser immédiatement.
« Je crois que ça explique ce qui s’est passé dans le quartier est, Baron. »
Le visage de Kevser se ferma complètement alors que Ferial la voyait parcourir des yeux l’affiche. Le Mage de Tau avait du mal à comprendre comment elle avait pu passer à côté. Elle était placardée en évidence sur les murs autour de la maison qu’occupait la Guilde. Son regard à elle avait été immédiatement capté par les taches crème sur les murs rouges et gris. Le sceau du Supra, en gros et en noir, en haut de la feuille, indiquait l’importance de l’annonce.
« Charmant… » Kevser se tourna vers elle, Ferial sentait que quelque chose clochait, mais elle n’arrivait pas à savoir quoi. « Tu ne comptais pas m’en parler, bien sûr. »
Ferial haussa les épaules mais Ezek ricana.
« Elle ne doit pas être bien fière la petite Mage… Sa petite Guilde a été dissoute par le Supra lui-même. »
De nouveau, le regard de Kevser lui paraissait indéchiffrable et plus étrange encore que d’habitude.
« Il faut que Park récolte un maximum d’informations. Surtout en ce qui concerne les guérisseurs. Qu’est-ce qu’ils font d’eux ? Dis lui que c’est urgent et de première importance. Les Concils ne doivent pas pouvoir s’arrêter de jacasser, ils n’aimaient pas vraiment la Guilde. »
« Ca doit être la chasse aux Mages dans tout le Suprôme, » sourit Ezek mais avant que Ferial n’ait pu rétorquer quoi que ce soit, Kevser le frappait du poing sur la tempe.
« Volner est un Mage. Alors ne t’amuse surtout pas d’une éventuelle chasse aux Mages. Suis-je bien claire ? »
« Je m’excuse, Baron, c’était déplacé. »
Elle renifla.
« Je veux tout savoir à la tombée de la nuit. Dis-le à Park. Et fais passer le message dans la rue. Le Baron Kevser veut que ses informateurs se remuent pour en apprendre le plus possible. »
« Bien, Baron. »
Ezek les quitta aussitôt, ses cheveux bruns roux retombant derrière lui en masse. Ferial qui n’avait pas quitté Kevser des yeux, lui posa alors une question qui lui brûlait les lèvres depuis qu’elle savait.
« Ils savent que vous êtes une femme. Et pourtant, ils continuent à vous appeler ‘Baron’. Pourquoi ? »
Kevser entendit la question de Ferial et la réponse fut évidente et immédiate. Parce que cela leur rappelait qui commandait. Les premiers temps n’avaient pas été faciles pour le Baron Kevser. Tout avait commencé un jour dans la taverne au rez-de-chaussée du Souffle du Désir. Ce jour-là, Kevser avait décidé qu’il était temps pour l’ancien propriétaire de passer la main. Il utilisait ses talents trop souvent depuis qu’il savait qu’elle pouvait utiliser de la magie. Il se reposait sur elle pour régler les problèmes du bordel. Il lui donnait toutes sortes de nouvelles tâches : vol, meurtre, intimidation,… Kevser aurait pu voir ça comme une promotion mais il la rabaissait continuellement et lui donnait des missions de plus en plus dangereuses. Elle n’était jamais sûre de pouvoir conserver son anonymat. Et à l’époque, elle ne connaissait que des tours de magie. Rien de vraiment puissant. Elle avait du s’en remettre à son imagination et à sa créativité pour s’en sortir plus qu’à ses talents de Mage. Elle cumulait deux emplois, ne dormait pas plus de quelques heures par nuit. Alors, alors qu’il la dénigrait une fois de plus devant tous les autres, elle avait décidé de le tuer. Quitte à devoir régler les problèmes du bordel, à s’assurer qu’ils recevaient l’argent, qu’ils étaient fournis et pas roulés, autant que ce soit pour son bordel à elle.
Elle l’avait provoqué. Elle l’avait défié. Il s’était emporté et elle l’avait tué en l’enflammant. Un sort qu’elle n’avait jusque là utilisé que pour allumer des bougies. C’était après ça seulement, qu’il était devenu son sort préféré. Cet imbécile d’Evon Hark n’avait pas compris qu’elle pouvait être dangereuse pour lui aussi. Il l’avait pensée soumise à sa volonté, sans doute un peu stupide. Il n’avait vu que Tali. Il n’avait vu qu’une femme. Une erreur qu’il avait payée de sa vie. Elle n’était plus effrayée depuis longtemps. Elle n’avait plus peur, elle avait changé et il n’avait rien vu. Dans un sens, c’était tant mieux, elle y avait gagné un bordel. Les employés ne l’avaient pas tous pris au sérieux immédiatement, même si la plupart avaient assisté à l’inflammation de leur patron. Kevser était redevenue Kevser à plein temps. Elle avait tué tous ceux qui avaient tentés de s’en prendre à elle que ce soit pour venger Evon ou pour lui reprendre le Souffle du Désir. Elle avait aussi tué tous ceux qui savaient et qui avaient voulu partir. Tous ceux qui avaient cru qu’elle serait facilement manipulable. La réputation du Baron Kevser avait suivi.
C’était Jellier, à l’époque, dont l’avis était encore mitigé au sujet de ses capacités, qui avait parlé de son nouveau patron comme du ‘Baron Kevser’. Ce qui avait été dit au départ comme une blague moqueuse avait été transformé et répété par tous ceux qui se demandaient pourquoi le Souffle du Désir était fermé et recevait autant de nouveaux esclaves. Le Baron Kevser, l’homme froid et impitoyable, était né. Elle avait pris Volner comme assistant, elle s’était intéressée à tous les aspects de la gestion du Souffle, ne voulant laisser à personne le loisir de la doubler. Elle était rentrée dans le commerce d’esclaves parce qu’un des fournisseurs, un imbécile patenté, avait cru pouvoir la voler comme il volait Evon. Il n’avait pas tardé à être retrouvé pendu devant chez lui, le corps recouvert de blessures. Le reste avait suivi, plus facilement après qu’elle avait eu Jellier et Volner avec elle. Ses deux plus proches collaborateurs. Avec Park, qui était rentrée dans le tableau l’année suivante, ils formaient sa famille, bancale et reposant sur des intérêts communs, mais la seule dont elle souhaitait se souvenir. Pour eux, seulement, elle était Kevser. Parfois. Pour tous les autres, elle était le Baron Kevser.
« Pour leur rappeler qui commande, et à quel genre de personne ils auront à faire s’il leur prenait l’envie de me trahir, » répondit-elle enfin à Ferial avant d’aller regarder la rue de la fenêtre.
Regarder l’agitation de la foule dans les rues du quartier sud lui donnait toujours une impression de calme personnel. Elle avait mal à la tête depuis tout à l’heure. Elle aurait voulu pouvoir s’étendre. Volner lui aurait apporté une compresse mouillée. Mais lui n’était pas là et Ferial était là. Elle ne pouvait pas la laisser seule. Elle aurait aimé pouvoir passer sa colère sur quelqu’un. Mais pouvait-elle encore se permettre de faire parler du Baron ? Elle n’avait aucune idée de ce que le Supra pensait des Mages qui n’étaient pas dans la Guilde. Essaieraient-ils seulement de faire la différence ? A leur place, elle éliminerait tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un Mage. Elle garderait peut-être un ou deux guérisseurs sous la main, au cas où… Elle était persuadée que c’était ce qu’ils avaient fait. C’était logique. Qu’elle ne soit pas de Tau ne serait pas un avantage s’ils apprenaient qu’elle savait utiliser la Magie.
« Tu pourrais arrêter de jouer avec cette affiche ? C’est extrêmement agaçant. »
Kevser regarda ses mains. Ah oui. L’affiche était toujours là. Elle la pliait et la dépliait nerveusement. Ses yeux n’arrivaient pas à dépasser les premiers caractères, elle avait trop mal à la tête. Il lui était insupportable d’avoir perdu Volner. S’il avait été confondu avec un Mage de Tau, il risquait sa vie. Coincé entre ces barbares de Mages et ces barbares de l’Omi, il risquait deux fois sa vie. Elle ferma les yeux et roula l’affiche en boule avant de la jeter par terre, un peu plus loin.
« Il faut que je prenne l’air. »
Elle ouvrit la fenêtre et se força à respirer calmement. Elle avait besoin de Volner. Qu’est-ce qu’elle allait pouvoir faire sans lui ?
« C’est original comme technique de méditation… Heureusement que les enseignements de la Guilde sont meilleurs.»
Elle se tourna vers Ferial, le peu de calme qu’elle avait réussi à retrouver s’évaporant. La jeune femme était aussi arrogante que d’habitude. Elle la regardait, visiblement amusée de son comportement. Kevser détestait les gens comme elle qui détestaient par principe et ne vivaient que pour prendre les gens de haut. Les Mages n’étaient pas tous des machines à détester, mais elle n’en connaissait pas un seul qui ne l’ait pas prise de haut.
« Toi, toi, tu ne sais pas te taire. »
Ferial haussa les épaules comme si elle ne comprenait pas pourquoi elle aurait du se taire. Peut-être qu’elle ne comprenait pas, peut-être que c’était ça le problème. Kevser avait besoin de faire quelque chose. Et rapidement, sinon elle allait faire une bêtise comme enflammer cette petite garce qui sirotait tranquillement sa tasse. C’est uniquement quand elle se dit qu’elle le ferait aussi bien au propre qu’au figuré qu’elle comprit ce qui lui restait à faire.
« Suis-moi. Je vais te trouver des vêtements avant qu’Ezek ne revienne et ne perde une fois de plus sa dignité. »
« Il a bon goût, qu’est-ce que j’y peux, » répondit le Mage avec un petit sourire malicieux. « Et pour quelqu’un qui bosse dans un bordel, il est bien impressionnable. »
« Il ne travaille pas au Souffle. Il travaille pour Park. Un assassin. Le meilleur de la ville après Park. Quand elle prendra sa retraite, il la remplacera sûrement. »
Il n’avait que vingt ans, mais il était déjà très proche du niveau de Park et il ne tarderait sans doute pas à dépasser son professeur. Ferial lui donnait cinq ans pour ça. Park lui donnait deux ans. Elle était optimiste et avait envie de passer à autre chose, elle disait qu’elle n’était plus aussi souple et plus aussi rapide qu’avant. Ezek avait toute la confiance des deux femmes. Il serait dommage qu’il baisse dans son estime parce qu’il ne pouvait pas s’empêcher de baver devant Ferial, ce qui en soit, était compréhensible, mais n’était pas la conduite attendue d’un assassin sans pitié.
« Je devrais pouvoir te trouver quelque chose en haut. »
« J’espère que ce ne sont pas tes affaires dont tu parles. »
Kevser la foudroya du regard. Elle ne s’arrêtait donc jamais ? Elle sentait son mal de crâne revenir au galop.
« Pourquoi ? Ils ne sont pas assez bien pour toi ? »
Ferial porta la main à son nez, comme pour remonter des lunettes imaginaires.
« Ils risquent d’être ridiculement étroit sur moi et ça ne fera rien pour ce pauvre Ezek. »
« Ce sera toujours mieux que de te voir t’exhiber nue. »
Deux heures plus tard, Park, Ezek et Jellier retrouvaient les deux femmes dans le salon. Kevser ne savait pas ce qu’elle devait penser de la façon dont elle avait habillé Ferial. Le bustier en cuir marron mettait en valeur sa poitrine et son pendentif dont la pointe tombait pile entre ses seins. Kevser l’avait rarement vu aussi bien porté. Enfin, à défaut d’être une tenue passe-partout, au moins elle s’était amusée en l’attachant. Elle avait tiré sur les lacets au maximum, jusqu’à ce que le Mage demande grâce. Le pantalon qui allait avec, même matière, même couleur, ne s’était pas révélé aussi amusant.
« Je suis déçue, » lança Park en voyant Ferial, « Ezek m’avait pourtant assuré que la petite Mage se promenait nue dans la maison. »
« Bah, j’sais pas comment elle était tout à l’heure, mais c’t’habit lui va très bien, » répliqua Jellier avec un clin d’œil appuyé à la jeune femme qui grimaça de dégoût.
« Charmant, vraiment charmant, mais il est temps de passer aux choses importantes. Qu’avez-vous appris ? »
Park fit son rapport, complété parfois par Ezek et Jellier. Les Mages de tous le Suprôme avaient été attaqués par les escouades de l’Omi des villes où ils étaient stationnés. Des messagers avaient parcouru tout le territoire pour transmettre l’ordre du Supra. S’il avait surpris les Concils de Tepsa, aucun n’avait pour autant cherché à freiner les choses. Pour eux, c’était enfin une bonne chose de faite. Les guérisseurs étaient rassemblés sur Kesh avant d’être convoyés sur Perk où le Supra déciderait lesquels il garderait en vie pour qu’ils servent enfin le Suprôme. L’enceinte de la Guilde devait être assiégée à présent, si ses défenses n’avaient pas cédé. On disait que le Supra avait mobilisé toutes ses troupes disponibles pour l’entourer et commencer un siège. Les Mages n’étaient plus approvisionnés et ne pouvaient plus sortir de leur enclave. Tous les membres de l’Omi qui n’étaient pas absolument nécessaires là où ils étaient devaient regagner Perk pour augmenter les troupes dès que les Mages de leurs secteurs étaient capturés ou exécutés.
Kevser pouvait sentir la rage de Ferial s’imbiber du récit pour se faire plus violente encore. Le Mage avait du mal à contenir sa colère. Son beau visage était rouge, ses dents mordaient sa lèvre inférieure violemment, et ses ongles s’enfonçaient profondément dans la chair de ses paumes, jusqu’au sang. Kevser notait tout cela. Et elle notait aussi que malgré tout, Ferial n’avait pas émis un son, pas fait un mouvement. Elle se contenait difficilement, mais elle se contenait. Kevser n’aurait sans doute pas pu en faire autant. Elle aurait déjà détruit la pièce. Ne serait-ce que pour passer son courroux sur quelque chose. C’était sa méthode pour gérer le stress et l’exaspération.
« Et les Em… Les mages itinérants ? Est-ce qu’ils… »
C’était la première fois que Kevser la voyait avoir autant de mal à s’exprimer. Park se tourna vers elle, pour avoir son accord avant de répondre à la question du Mage. Kevser n’était pas sûre exactement de pourquoi cette question était si importante qu’elle prenait le risque de la poser ici. Ces Mages devaient avoir une importance particulière dans le fonctionnement de la Guilde… Ou alors, il y avait quelqu’un de sa famille ou de ses amis, un amant peut-être ? qui faisait partie de ce groupe. Kevser aurait voulu savoir.
« D’après ce que mon mari sait, il semblerait que des messagers aient aussi été envoyés aux forces de l’Omi qui les escortaient. »
Ferial passa du blanc au rouge puis au vert en quelques secondes. Kevser sentait qu’elle ne se contrôlait plus et qu’elle allait chercher à s’en prendre à quelque chose d’en les secondes qui suivraient. La moindre particule d’air de la pièce était chargée d’électricité, elle le sentait jusque dans ses os, elle ne comprenait pas comment les autres pouvaient ne rien remarquer. Elle ouvrit la porte et poussa Ferial dans la pièce d’à côté. Quand elle retrouva toutes ses facultés, la jeune femme se tourna vers elle, les yeux vibrant du désir de faire souffrir.
« Qu’est-ce qui te prend ? Tu oses me pousser ? Pour qui tu te prends ?! Je vais te… »
Kevser la refroidit immédiatement en l’empêchant de respirer d’un sort. Dans son état, elle ne lui donnait pas trente secondes avant de céder.
« Ecoute, Ferial, tu n’as pas apprécié les nouvelles, mais après ce qui s’est passé ici, ça ne devait pas une surprise totale pour toi. Alors je ne vais pas te laisser t’en prendre à tout ceux qui se trouvent ici. Ce n’est pas de notre faute si vous autres, Mages de Tau, si supérieurs et si parfaits, êtes tellement appréciés que lorsque le Supra décide de vous faire tous tuer, tout le monde s’empresse de lui obéir. Alors il va falloir…»
Le sort céda et Ferial lévita Kevser jusqu’à elle. Kevser brisa le sort à mi-course. Ferial était furieuse, elle la sentait essayer de se rattraper, mais échouer lamentablement.
«… Il va falloir que tu te calmes. Tu veux t’énerver ? Très bien, il y a du mobilier ici, si tu veux être stupide et t’en prendre à tout et à n’importe quoi, je te le laisse pour que tu t’amuses avec. Il y a une porte derrière toi, tu pars quand tu veux, on ne te retient pas. Tu vantais tes techniques de méditations tout à l’heure, il serait peut-être temps de les mettre en pratique ou de passer aux miennes, parce que tu n’iras pas loin comme ça. Tu seras déchargée avant même d’avoir atteint les portes de la ville et après tu seras une proie facile même pour un gamin de dix ans. On m’attend à côté, fais ce que tu veux, mais si tu décides d’attirer la garde par ici, je te préviens, c’est ton cadavre qu’ils trouveront. »
Kevser attendit de voir si elle la réattaquerait mais quand rien ne vint, elle repassa dans l’autre pièce où Jellier et les deux autres l’attendaient. Ferial aurait commencé par sans prendre à eux. Ou à elle et ils auraient été blessés dans le feu de l’action. Elle ne risquerait pas Jellier et Park. Pas maintenant que Volner faisait route vers Perk, capturé par l’Omi et entouré de Mages. Elle avait besoin d’eux si elle voulait le sauver. Et elle avait justement un plan à leur exposer. Elle aimait la façon dont elle réfléchissait parfois.
« Je vais chercher Volner. »
« Baron… je ne suis pas sûr que… » commença Jellier.
« Ce n’est pas un point à débattre. Je pars demain matin. »
« Les gardes recherche la petite garce, » essaya de la raisonner Park, « une femme risque d’être exactement ce qu’ils cherchent. Que comptez-vous faire ? »
« Je ne pars pas seule. J’emmène des filles avec moi. Et toi Ezek. Tu vas me recruter quelques hommes dont les services pourront être… terminés si besoin est. »
« Baron ? »
« Le Souffle du Désir lance son premier convoi de prostituées à travers le Suprôme. Le Souffle du Désir visite les villages alentours qui n’ont pas la chance d’avoir accès à un bordel. Nous apportons la joie et la bonne humeur à tous ses paysans. »
« Et nous faisons route vers Perk, » finit Jellier.
« Non, » répondit Kevser. « Toi et Park restez là pour garder la maison en attendant que je revienne. »
« Baron…, » protestèrent-ils. Aucun des deux n’aimaient être laissés sur la touche.
« Je vais chercher Volner. Il est hors de question que quelqu’un d’autre s’en charge. Et je ne peux pas laisser mes affaires à quelqu’un d’autre. Il n’y a que vous deux en qui j’ai confiance. »
« Un seul suffirait… »
Kevser sourit.
« Mais bien sûr… Pour qu’à mon retour celui qui est resté m’ait pris mon affaire. Non. A vous deux, vous vous contrebalancerez. »
Jellier et Park ne s’entendaient pas vraiment bien. Kevser leur faisait confiance pour ne pas la trahir mais, serait-ce vraiment de la trahison de reprendre le Souffle à leur compte quand elle partirait ? C’était de la logique. Le Souffle avait besoin d’un patron présent. Et si elle n’était pas là, celui qui gérait l’affaire, dirigeait tout, et ipso facto, devenait le boss. Elle espérait ne pas en avoir pour plus d’une semaine, mais qui savait ce qui pouvait se passer ? Ces deux lieutenants comprenaient et lui sourirent.
« Ezek te trouvera tout ce que tu voudras. Tu prends quelqu’un d’autres de confiance ? »
« Non. Un minimum de gens. Je voyagerais en tant que Tali. Jellier pour le voyage choisit des filles qui savent tenir leur langue et qui n’auront pas de problèmes avec la vue du sang. »
« Bien, Baron. Je m’occupe aussi du chariot et des vivres. »
« Park, arrange-toi pour en apprendre le plus possible sur l’itinéraire suivi par le convoi guérisseurs. Tu me feras un résumé demain matin. »
« Bien, Baron. »
« Ezek ? »
« J’ai déjà des hommes en tête, Baron. Tout le monde sera heureux de les voir quitter la ville et personne ne les pleurera s’ils ne reviennent pas. Une escorte plausible pour un transport de marchandises. »
« Parfait. »
Il ne restait plus qu’une chose à faire. Kevser savait que Ferial était toujours dans la pièce d’à côté et qu’elle s’était graduellement calmée. On verrait à quel point la jeune femme voulait quitter la ville et regagner Perk. Elle attendit que ses trois hommes partent et elle la rejoignit.
Ferial était debout contre le mur, la tête baissée. Kevser ignora les traces humides sur ses joues. Elle n’était pas là pour ça.
« Toujours là ? »
« Je pars dans un instant, » répondit Ferial, en la fusillant du regard.
« Je n’en doute pas, » elle regarda autour d’elle, le mobilier semblait intact, « peut-être que tes techniques de méditations valent le coup, finalement. Il faudrait que tu m’apprennes. »
« Pas dans cette vie en tout cas. »
« C’est ce qu’on verra… Tu as une idée sur la façon de quitter la ville ? »
Ferial ne répondit rien, et malgré la lueur de défi dans son regard, Kevser savait qu’elle n’avait encore aucun plan.
« Surtout que les routes risquent d’être pleines de tous ses petits Omis qui vont à Perk soutenir le Supra… »
« Où veux-tu en venir ? »
« Ca risque d’être dur pour toi, si tu es seule. »
Ferial rit.
« Et depuis quand ça t’intéresse ? »
Kevser la regarda dans les yeux, avec un sourire sur les lèvres. Le parfait mélange de la séduction de Tali, et de la détermination froide du Baron. Kevser, pour vous servir.
« J’ai une proposition pour toi. »