Le Baron Kevser ([info]baron_kevser) wrote,
@ 2005-11-23 14:22:00
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Current music:E.S. Posthumus - Nara

Chapitre 7
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Note : merci à mes 3 esiearques supporters préférés qui sont chiants à vouloir toujours que je poste ;)
Note 2 : merci à mes deux beta-r pour ce chapitre [info]fuyu_tokyo et sfeek. Toutes les fautes restantes sont de moi bien sûr.



Chapitre 7


Ferial n’avait jamais voyagé comme ça auparavant. Elle avait marché, elle était montée à cheval, elle avait même une fois du léviter sur une grande distance parce que sa jambe était cassée et qu’elle ne voulait la confier à personne d’autre qu’à un guérisseur. Mais être dans un chariot, ballottée au gré des irrégularités de la route, sans voir où elle allait, comme une marchandise. Une marchandise. C’était un terme bien choisi parce que, effectivement, elle voyageait avec les marchandises du Baron Kevser. Le chariot était grand, mais elles étaient nombreuses étalées sur des coussins. Elle n’avait jamais eu besoin de se préoccuper de promiscuité avant. Un Mage avait toujours de la place. Il en avait toujours suffisamment pour se sentir bien. Kevser ne devait pas être au courant, apparemment. Ou alors elle trouvait ça justement trop amusant.

Le voyage s’était décidé très vite. Ferial n’avait pas été en état de penser par elle-même à ce moment là, et rien ne disait qu’elle aurait trouvé une meilleure idée. Les gardes n’avaient posé aucun problème. Le seul qui avait regardé à l’intérieur du chariot avait discuté avec Tali, en vieil habitué du Souffle du Désir. La jeune femme l’avait présentée comme une dominatrice que le Baron envoyait à un monastère. Quand elle avait entendu ça, elle avait failli s’étouffer, mais le garde avait eu l’air plutôt convaincu par le regard noir qu’elle lui avait lancé et qui n’avait fait que renforcer son personnage. Il lui avait demandé de fesser Tali qui n’était, selon lui, qu’une friponne.

Huit jeunes femmes dans un chariot, faisant route vers un monastère sans intérêt. Tout aurait été pour le mieux si Kevser n’avait pas été du nombre. Ferial était persuadée que tout aurait été plus facile si Kevser, déguisée en Tali, ne s’était pas trouvée à moins d’un mètre d’elle. Elle avait pu, ce matin, voir la transformation complète du Baron en prostituée. Elle avait échangé sa chemise et son pantalon contre une robe fine et transparente. Elle avait mis un peu de fard sur ses yeux. Elle avait ensuite abandonné sa queue de cheval pour laisser ses cheveux tomber librement sur ses épaules. Et surtout elle avait quitté son air froid et austère pour un sourire chaleureux et très engageant. Voyager avec six autres femmes même si peu vêtues ne lui posait pas de problèmes en comparaison. Ferial les considérait tout juste comme de la viande. Mais si vous ajoutiez maintenant Kevser/Tali, son environnement devenait particulièrement étouffant et la situation embarrassante.

Quand la femme de Concil qui travaillait et se battait pour Kevser était venue faire son rapport, Ferial avait eu du mal à tenir le choc. Inconsciemment, elle s’était raccrochée à l’espoir que toute cette histoire était limitée à Tepsa, peut-être un coup de folie de l’Archi. Bien qu’elle ait vu l’édit du Supra, elle avait espéré que tout ne soit qu’une vaste fumisterie. Entendre raconter ce qui était arrivé, de la bouche d’une femme comme Park Yesser, était complètement différent. Si la Guilde avait été aussi durement touchée à Tepsa, il n’y avait aucune raison que ça ne soit pas le cas ailleurs. Perk devait être le seul endroit où les Mages devaient être à peu près en sécurité. Mais pour combien de temps encore ? Si les Empathes avaient été tués, ils ne seraient bientôt plus rien.

Si on lui avait dit une semaine plutôt, qu’elle voyagerait dans une simili roulotte remplie de prostituées et qu’elle se ferait passer pour l’une d’entre elle, elle aurait ri au nez de cette personne avant de la tuer pour l’avoir insultée de la sorte. Un chariot escorté par cinq mercenaires embauchés pour l’occasion et le type qui s’appelait Ezek. Les cinq mercenaires, si on pouvait employer ce terme pour des types pareils, devaient être le pire des bagarreurs de tavernes de Tepsa. Ce n’était pas les plus brillants esprits qu’elle connaisse, mais elle supposait qu’ils étaient bien suffisants pour se faire passer pour leur escorte. Les préparatifs au voyage avaient duré toute la nuit, de la sélection des filles, aux armes, en passant par l’itinéraire qu’ils suivraient. Ils ne devaient pas emprunter la route du Supra, trop fréquentée et où il y aurait eu trop de chances qu’ils tombent sur l’Omi. Ils allaient prendre les petites routes, plus dangereuses et plus cabossées, et essayer d’arriver à Perk avant le convoi de guérisseurs.

A Perk, elle pourrait se venger comme elle le voulait. Elle espérait qu’aucun Mage n’avait encore eu pour ordre de tuer le Supra, parce qu’elle souhaitait plus que tout faire partie de l’équipe qui s’en chargerait. En faisant tuer les Empathes, ceux qui étaient appelés les Mages itinérants ou les recruteurs en dehors de la Guilde, on les condamnait à la disparition. Sans les Empathes, qui parcouraient le Suprome pour reconnaître les futurs mages, Tau cesserait d’exister faute de membres. Le taux de natalité chez les Mages était extrêmement faible ; ils ne pourraient pas survivre sans les enfants qui venaient les rejoindre à l’orée de leur adolescence menés par les Empathes. Mais ces Mages étaient rares. Pour cent Mages qui naissaient, un seul était un Empathe. Généralement ils choisissaient de devenir guérisseurs et pratiquaient leur spécialité pendant qu’ils voyageaient. Etre Empathe n’était pas une spécialité, c’était un talent inné. Actuellement, ils n’étaient que quatre. Toujours protégés par deux membres de l’Oma et six de l’Omi. Six de l’Omi. Six traîtres près à fondre sur eux à la première occasion et que personne auparavant n’aurait eu l’idée de considérer comme une menace. Après tout, il n’avait aucune Magie. Elle avait cru mourir en comprenant à quel point la situation était grave : Tau était finie si les Empathes mourraient avant d’avoir pu former leurs successeurs.

Elle avait cru mourir et avait vu légèrement rouge… Légèrement. Oh peut-être qu’elle avait pété les plombs comme l’avait formulé Kevser. Mais elle avait des circonstances atténuantes. Elle n’était pas certaine que Kevser ait compris exactement ce qu’impliquait le complément d’informations apporté par Park. Kevser avait juste profité de l’occasion pour pousser son avantage. Logique. Elle lui avait fait promettre que s’ils l’aidaient à sortir de la ville, elle les aiderait à retrouver et sauver Volner. Apparemment un serment avait plus de valeurs chez les criminels que chez les Mages… parce qu’avoir accepté leur proposition ne la faisait en rien se sentir obligée de les aider. Elle se retrouvait donc en route, avec Kevser, Ezek et quelques filles pour un Monastère qui comptait parmi les très bons clients du Baron. Ferial, en apprenant ce détail, n’avait pas été autrement surprise. Si des Mages avaient besoin de fréquenter des bordels, il était normal que des moines fassent la même chose. Sauf qu’apparemment, eux, avaient droit à la livraison à domicile. N’étaient-ils pourtant pas sensé vivre à l’écart pour échapper aux tentations de la ville ?

Les Mages n’avaient pas tous les mêmes capacités et c’était en fonction de ces capacités qu’ils choisissaient ce qu’ils feraient de leur vie. Ferial n’aurait pas pu être guérisseur, même si elle l’avait voulu. Enfin, elle aurait pu, mais elle aurait été un très mauvais guérisseur. Très faible et incapable de soigner plus que quelques os brisés. Ferial était faite pour l’Oma. Elle avait cet instinct qui la guidait et la prévenait du danger, qui lui permettait de savoir où aller chercher. C’était pour ça qu’elle était aussi douée dans ce qu’elle faisait. Quatrième avant ses vingt-cinq ans, ce n’était pas rien. Les Empathes étaient une catégorie à part. Ils sentaient les autres mages, même ceux qui n’avaient reçu aucune formation. Peut-être qu’il y a très longtemps, avant la formation de la Guilde, quand les Mages étaient seuls et isolés, tous avaient pu distinguer qui étaient les Mages et qui étaient seulement un homme ou femme tristement ordinaire. Mais maintenant, ceux qui possédaient ce dont se comptaient sur les doigts d’une main. Ils étaient des éléments essentiels à la survie de leur communauté. Ils étaient les seuls à pouvoir dire naturellement, juste en étant en étant en présence d’une personne, qui était un Mage et qui n’en était pas un. Bien sûr, elle supposait que les Théoriciens avaient une ou deux méthodes sous le coude mais aucune qui ne serait aussi simple. Elles exigeraient sans doute des incantations, des rituels et des potions. Jamais ils ne pourraient tester régulièrement toute la population du Suprôme comme ils le faisaient. Ils étaient déjà si peu nombreux, si en plus ils ne pouvaient pas retrouver tous ceux qui avaient le potentiel de devenir Mage…

Deux jours, peut-être trois avant leur arrivée à Perk. Ensuite elle pourrait laisser éclater toute la colère qu’elle voudrait sur le Supra et ses Archis. Si elle avait son mot à dire, pas un n’en réchapperait. Quand on enlevait tout espoir de reconstruction, il n’y avait plus qu’à détruire le reste pour s’assurer qu’ils ne disparaîtraient pas seuls. Elle se demandait s’il y avait un sort qui rendrait les terres du Suprôme stériles. Ou mieux que ça. La moitié des terres stériles. Cela déclencherait de jolies guerres intestines quand la nourriture viendrait à manquer. Maître Cianith aimerait sûrement cette idée. Sur le chemin qui l’emmenait à Perk, Ferial ne pensait qu’à une chose, comment les Mages, Tau et elle allaient pouvoir se venger.

Le rideau qui les cachait aux regards extérieurs s’ouvrit alors qu’ils avançaient encore. C’était encore ce mercenaire à la face de chien qui venait les observer en faisant avancer son cheval à côté du chariot. Sentir son regard de pervers lubrique sur elle lui donnait des haut-le-cœur. Cet homme était absolument répugnant. De quel droit osait-il la dévisager comme ça ?

« Quel est ton nom ? » demanda-t-elle d’un ton froid, brisant le silence qui s’était installé parmi les femmes depuis son arrivée.
« Brongi, ma jolie. » Et en plus il avait le culot de lui sourire avec sa bouche édentée. Qu’est-ce qu’il croyait ? Qu’elle était en train de minauder ? De flirter avec lui ? Il fallait qu’il redescende sur terre avant de se faire tuer.
« Et bien, Brongi, tu vas lâcher ce rideau et crois-moi, si jamais tu recommences, tu vas tellement le regretter que tu… »
« Et tu vas faire quoi, ma jolie ? Me griffer avec tes jolis petits ongles ? »
Ferial n’avait pas de jolis petits ongles. Elle avait des ongles courts et propres, sans fioritures.
« Tu vas tellement souffrir que lorsque j’en aurais fini avec toi, tu me supplieras de t’achever. »
Son ton sérieux et la froideur de son regard décontenancèrent l’homme qui ne devait pas avoir l’habitude de voir des femmes aussi menaçantes et aussi crédibles dans cette attitude.
« Alors tire-toi ou on appelle Ezek ! » rajouta Tali de sa voix de petite fille la plus convaincue.
Ferial la regarda comme si elle avait deux têtes. Qu’est-ce qui lui prenait de jouer les débiles assistées ? Forcément, Borgi rit et oublia toutes les menaces de Ferial.
« C’est ça les filles, je suis terrifié. A tout à l’heure les filles. »

Il repartit à l’avant du convoi en riant fort. Ferial ouvrit la bouche pour crier après Kevser mais celle-ci fut plus rapide qu’elle.
« Je te rappelle, qu’ici pour le moment, tu n’es pas Ferial de Tau, mais Ferial, prostituée appartenant au Baron Kevser. Essaye de jouer un peu ton rôle. »
« Je ne vois pas pourquoi je devrais… »
« Si tu n’es pas capable de jouer ce rôle, tu ferais mieux de partir avant de dévoiler le mien en même temps et de nous faire tous tuer. »
Apparemment Kevser était aussi maîtresse dans l’art d’exagérer les choses. Remettre cet imbécile à sa place n’allait pas les tuer. Le laisser faire par contre, ça, ça la tuerait. Enfin tuerait son amour propre.
« Et on dit que je suis paranoïaque… »
« Je ne suis pas paranoïaque, » répondit Kevser, « mais prudente. Devine un peu comme j’ai fait pour qu’IL reste dans l’ombre aussi longtemps ? »

Les six autres filles recommencèrent à discuter des clients du Souffle du Désir mais Kevser et elle, l’une en face de l’autre, ne participaient à la conversation, préférant s’observer mutuellement. Ferial avait remarqué que Tali ne portait pas toutes les marques que les autres prostituées avaient. La plupart avaient des marques au niveau des poignets et des cuisses. Que ce soit des bleus ou des cicatrices. Et elle ne ressentait pas cette impression de résignation dans l’attitude de Tali comme elle pouvait la lire chez les autres prostituées. En fait, les seules marques visibles de là où elle était étaient les bleus et les coupures qu’elle lui avait elle-même faite pendant qu’elles s’étaient battues. Probablement que si elle avait fréquenté les bordels, elle se serait rendu compte que Tali n’était pas une prostituée ordinaire. Enfin Ferial savait depuis longtemps que même elle, ne pouvait savoir tout sur tout.

« Ca fait longtemps que tu joues le rôle de Tali ? » demanda-t-elle de but en blanc. Les jeunes femmes retinrent leur souffle en attendant la réponse de leur maître.
« Trop longtemps si on en croit Volner, » répondit Kevser au bout d’un moment.
Ferial avait vu l’inverse, Tali dans les vêtements de Kevser, mais Kevser dans les vêtements de Tali était encore plus étrange. Il y avait quelque chose qui sonnait particulièrement faux dans ce tableau.
« Et comment est-ce que tu es devenu le Baron Kevser ? »
Elle voulait connaître la réponse à cette question depuis très longtemps.
« J’ai tué l’ancien propriétaire du Souffle et tous ceux qui ont essayé de me voler sa succession. »
Plausible. Même si cela n’expliquait pas grand-chose.
« Où as-tu appris la Magie ? »
« C’est venu naturellement, » railla Kevser.
Ferial leva les yeux au ciel mais n’insista pas. Si elle ne voulait pas répondre…
« Comment es-tu arrivée au Souffle du Désir ? »
« J’ai connu des interrogatoires mieux déguisés. Tu ne fais pas vraiment dans la subtilité. »
Touché.
« Je vous simplement en savoir plus sur toi. » Ce qui n’était qu’un demi-mensonge. Kevser était encore un mystère et elle avait très envie de le résoudre.
« Bien sûr, parce que tu es le genre à t’intéresser aux autres. »
« Je m’intéresse aux Mages. »
« Je ne suis pas un de vos Mages de Tau. »
Ferial inclina la tête et sourit.
« Il semblerait bien que tous les Mages ne viennent pas de Tau en fin de compte… »
Kevser ne répondit pas, mais elle avait l’air surprise par l’énorme concession qu’elle venait de faire. Tant mieux. Il ne fallait qu’il n’y ait qu’elle qui soit constamment déstabilisée.
« Est-ce que tu couches avec ton précieux Volner ? »
Kevser ne put maintenir un visage neutre et fit une horrible grimace.
« Je le connais depuis qu’il a douze ans. Je l’ai quasiment élevé et j’ai dix ans de plus que lui. Les Mages de Tau sont tous des pervers.»
Ferial allait répliquer quand son cerveau finit de calculer. Kevser avait dix ans de plus que Volner. Elle devait avoir approximativement son âge… Cela faisait quoi ? Le gamin devait avoir treize ou quatorze ans.
« Il fait bien plus vieux que son âge. Je lui aurais donné une vingtaine d’années. A un an ou deux près. »
Kevser hocha la tête avec un petit air satisfait qui ne lui disait rien qui vaille.
« Il a dix-neuf ans. »
Ferial cligna des yeux, additionnant les paramètres, un à un.
« Tu as vingt-neuf ans ?!! »

Kevser avait l’air particulièrement amusée de sa réaction, la garce. Elle était vieille. Ferial espérait être passée à autre chose à son âge. Comme, par exemple, à la direction de l’Oma, dans le fauteuil de Maître Cianith.

« Je prends ton étonnement comme un compliment, » fit Kevser avec un clin d’œil.

Elle renvoya fièrement ses cheveux en arrière, d’un geste souple. Ferial se détesta de ne pouvoir s’empêcher de contempler le mouvement de sa chevelure retombant sur sa nuque. Il était très difficile de se souvenir qu’elle était dangereuse quand elle agissait comme ça. Quand elle était Tali.


L’Archi Sevinc était tout juste de retour dans son office après sa réunion avec l’Archi Borg et le Supra. Depuis qu’ils avaient pu le convaincre d’agir contre la Guilde, le Supra ne se contenait plus. Il tenait à rester informé de tout, il félicitait Borg à chaque fois qu’il apprenait qu’un nouveau groupe de Mages avait été arrêté ou tué. Il lui donnait une claque dans le dos à chaque fois que des guérisseurs étaient capturés. Les messagers n’arrêtaient pas de sauter de villes en villes pour rapporter les nouvelles les plus fraîches à la capitale.

Pour l’instant, à part les Mages enfermés dans l’enceinte de la Guilde, tout ce passait comme le Supra et ses Archis le désiraient. Ils ne doutaient pas que la Guilde, affamée, finirait par se rendre même si pour cela il fallait attendre quelques mois. Une fois qu’ils auraient débarrassé le reste du Suprôme des Mages, ils ne seraient plus aussi pressés.

Sevinc ouvrit son carnet et commença à y consigner tous les derniers rapports qu’ils avaient reçus. La progression de cette affaire ferait plaisir à certains.



Kevser avait été prévenue par Ezek que le monastère était en vue. Ils avaient quitté la route pour emprunter le petit chemin perpendiculaire qui menait aux moines quelques minutes plus tôt. Déjà, ils pouvaient apercevoir l’impressionnante bâtisse, tache blanche et grise au milieu du vert. Kevser s’était enfin accordée le privilège de se pencher à l’extérieur de la roulotte pour le voir apparaître entre les arbres. Elle avait du se retenir pour ne pas avoir constamment la tête dehors pendant le trajet : cela faisait tellement longtemps qu’elle était à Tepsa qu’elle en avait presque oublié qu’il existait autre chose que les rues pavées et les murs en briques. En seize ans, elle n’avait quitté la ville qu’une fois, et ce n’était pas un bon souvenir.

Le Monastère, qu’elle voyait au loin, était tout en pierres bleues comme on en voyait à Liurk. Elles avaient du être importées au moment de la construction. Les arbres étaient de plus en plus espacés, et enfin, une grande cours apparut. Sur la gauche on pouvait voir les jardins potagers qui devaient permettre de nourrir tout le monastère. Sur la colline à l’est, les vignobles qui avaient fait sa richesse et qui devait à présent leur permettre de s’offrir tous les esclaves qu’elle leur vendait. Et partout, des moines s’affairaient.

Ezek qui voyageait à cheval discutait déjà avec deux moines. Elle sauta hors du chariot dès qu’il s’immobilisa. L’assassin jouerait les représentants officiels du Baron, mais elle tenait à être là le plus longtemps possible, fondue dans le décor, pour ne pas perdre une miette de ce qui se disait. Elle s’apprêtait à le rejoindre quand elle entendit quelqu’un descendre du chariot derrière elle. Pas besoin de se retourner pour savoir de qui il s’agissait. Ferial ne tenait pas en place. Elle se retourna pour lui donner quelques ‘conseils’ sachant pertinemment qu’elle ne pourrait pas l’empêcher de la suivre.
« Tiens-toi tranquille, ne parle pas, et surtout essaye de tenir ton rôle. »
Ferial la foudroya du regard.
« Voilà, parfait, » approuva-t-elle en souriant, « je suis sûre que tu trouveras bientôt quelques moinillons à discipliner. »
Elle la prit par le bras, et l’entraîna vers Ezek. Elle sentit Ferial tressaillir.
« Calme-toi cocotte, tu es une prostituée, je suis une prostituée, on est toute très proches les unes des autres. Et je te tiens seulement le bras. »

« Il faut voir avec le frère Puke, mais je suis sûr qu’il sera ravi de votre visite, » disait l’un des moines à Ezek. L’autre, les ayant vues arriver vers eux, les détaillaient sans vergogne. Typique. Kevser, endossant pleinement le rôle de Tali, s’agrippa à Ezek dès qu’il fut à portée, posant sa tête sur son cœur. Le jeune homme, rodé au scénario, passa une main possessive autour de sa taille.
« Et bien j’ai hâte de voir Frère Puke dans ce cas. Je vous présente Tali et Agap qui sont deux de nos filles les plus expérimentées. »
« Vraiment ? » Les yeux des moines s’étaient éclairés en entendant cette bonne nouvelle.
« Tout à fait, Agap est spécialisée dans les jeux de dominations et Tali… Tali est experte dans les massages exotiques… Entre autres choses. »
Les Moines les regardaient avec plus d’intérêts encore. Elle connaissait suffisamment ce genre de types pour savoir qu’ils étaient en train de s’imaginer en train de leur faire toutes sortes de vilaines choses. Absolument charmant.
« Combien sont-elles ? » demanda l’un des deux Mages en regardant les chariots.
« Huit par chariot. Soit un totale de seize, » répondit Ezek, très à l’aise dans son rôle, son père était un marchand réputé dans le sud du Suprôme.
« Toutes plus exquises, toutes plus habiles les unes que les autres. »
« Je n’en doute pas une seconde, » répondit un moine grand et sec, portant l’habit gris réglementaire. « Je suis le frère Puke, bienvenue dans notre humble Monastère. »
Selon elle, le bâtiment n’avait rien d’humble du tout.
« Ezek Tozd, de Tepsa. Le Baron Kevser vous envoie ses salutations. »
Le Moine Sec hocha la tête.
« Le Baron, oui, oui. Et qu’est-ce qui nous vaut le plaisir de votre visite ? »
« Le Baron développe un nouveau type de services pour ses meilleurs clients, et comme vous étiez sur notre route, il m’a chargé de vous le présenter. »
« Je suis certain qu’il est très intéressant, suivez-moi dans mon office que nous discutions tranquillement. Vous restez cette nuit, naturellement ? »
« Si vous voulez bien nous accueillir. Nous ne voudrions pas nous imposer… »
« Mais non, mais non. Tous les frères seront ravis de l’animation que cela créera. »

Ezek se détacha d’elle et lui ordonna de rejoindre les autres. Tali fit si bien la moue devant cette décision de ‘son maître’ que Puke proposa de lui-même qu’elle les accompagne. Ferial fut renvoyée au chariot et Kevser fut heureuse de constater qu’elle ne protesta pas et se contenta de rester impassible. Et lorsqu’elle frappa les doigts d’un moine qui tirait sur les lacets de sa combinaison de cuir noir, le Mage le fit d’un coup de cravache ferme mais léger avant de repartir, très calmement comme si ça lui arrivait tous les jours. Elle avait su tout de suite que ce rôle irait à merveille à Ferial. Si tant est qu’elle joue vraiment un rôle, ricana-t-elle intérieurement.

Dans le bureau de Puke, qui était bien plus agréable qu’elle n’avait jamais imaginé les quartiers d’un Monastère, Ezek l’installa sur ses genoux avant de parler de leur possible arrangement pour des visites mensuelles des filles du Baron au Monastère. Ils ne mirent pas longtemps à tomber d’accord, le moine ne discuta même pas le prix. Apparemment ce moine ne voyait aucun inconvénient à faire venir des filles de joie dans son monastère pour égayer ses frères. Après cela, il leur proposa de faire le tour du monastère pendant qu’ils finissaient d’être installés pour la nuit. Partout où ils allaient, Kevser lovée contre Ezek, des jardins aux cuisines, en passant par le sanctuaire, partout, il y avait des moines qui s’affairaient. Elle avait pourtant toujours cru que les monastères avaient de plus en plus de mal à recruter. Les temps pieux où les sanctuaires et les religions fleurissaient un peu partout dans le Suprôme était révolu depuis au moins deux générations. Elle s’empressa de lui en faire la remarque.
« Oulala… Z’êtes beaucoup par ici… J’sais pas pourquoi ces gaillards y sont des moines. Y f’raient d’bons maris. »
Le moine la considéra un instant ne sachant pas s’il pouvait lui répondre ou si, au contraire, il devait l’ignorer et faire comme s’il n’avait rien entendu. Ezek hocha de la tête pour donner son accord.
« Il y a cinq ans, nous n’étions que vingt. A chaque décès d’un frère, nous savions que nous ne trouverions pas de remplaçants. On était déjà bien en deçà du nombre idéal de moines. Alors quand j’ai pris la tête du monastère, j’ai décidé de moderniser notre système pour qu’il corresponde mieux aux attentes des jeunes d’aujourd’hui. Maintenant nous avons une méthode de recrutement inédite qui a montré qu’elle était efficace, et nous arrivons à toucher les couches les plus défavorisées de la population. »
Kevser fit mine de ne rien comprendre, ouvrant grand les yeux au départ et suçotant une mèche de cheveux, puis détournant son intérêt vers les boutons de la chemise d’Ezek. Les mots étaient trop compliqués pour une petite chose comme Tali.
« C'est-à-dire, » demanda Ezek à sa place.
« Et bien nous avons commencé à acheter des esclaves. Une fois qu’ils sont là, nous leur donnons le choix : repartir libre ou rester ici et devenir des frères à leur tour. »
« Et ils acceptent ? »
Ezek, tout comme elle, se demandait ce qui pouvait bien les motiver à rester là, coupés du monde, quand ils pouvaient recommencer leurs vies ailleurs.
« Oh oui. Le monastère est un endroit sûr. Ils sont nourris, logés, blanchis, et nous avons modernisé les principes du célibat ici. Bien sûr, ils ne peuvent pas avoir de femmes mais ils peuvent tout à fait avoir des rapports sexuels avec des prostituées ou d’autres. Tant qu’il n’y a pas de cérémonie d’engagement, tout est parfait. »

Hu. Ce qui expliquait qu’ils achètent aussi des femmes. Parce que Kevser était certaine d’être la première à leur avoir proposé de faire venir un bordel jusqu’à eux quelques fois par mois. Ils s’étaient recréés une petite communauté qui répondait à tous les désirs du mâle lambda. Pas étonnant qu’ils s’empressent de signer pour devenir des frères dans ce monastère. Ce n’était pas un hasard si les trois quarts des femmes vendues comme esclaves étaient prostituées d’une manière ou d’une autre, et excepté les très rares chanceuses qui trouvaient des maîtres décents, ils valaient mieux complètement ignorer ce qui arrivait au quart restant.
« C’est pour ça, alors que vous achetez aussi des femmes au Baron, » remarque Ezek à son tour.
« Nous leur donnons le choix bien sûr. Si elles acceptent de nous aider pendant six mois, nous les affranchissons. »
Lorsqu’elles devenaient trop ennuyeuses.
« Et si elles n’acceptent pas ? »
« Et bien nous avons toujours un sacrifice rituel ou deux qui attendent les récalcitrantes. Mais cela n’arrive que rarement. Nous ne sommes pas des monstres, si elles veulent changer d’avis, nous l’acceptons. De toutes façons, les sacrifices, c’est très démodé. »
« C’est un système… ingénieux. »
Puke hocha la tête.
« On doit s’adapter à notre époque, nous sommes comme tous autres les secteurs d’activité du Suprôme. »
« Et vos prières, la réflexion… »
Le frère Puke écarta d’un geste tous ces concepts qu’il devait trouver préhistoriques.
« Ceux qui le souhaitent, peuvent le faire, mais nous n’obligeons personne. La plus part des moines préfèrent s’occuper des vignes. »

Kevser avait vu beaucoup de choses à Tepsa mais cette communauté qui vivaient ainsi, loin de tout, et pourtant avec ses esclaves sexuelles d’un côté, son business dans le vin de l’autre, était tout à fait étonnante. Des moines originaux qui avaient fondé le monastère, elle suspectait fortement qu’ils n’aient de moines que l’uniforme gris.

Ferial ne la rejoint que tard dans la nuit. Après le dîner, les moines qui avaient voulu profiter de la présence des filles du Baron et qui en avaient reçu l’autorisation par Maître Puke, les avaient conduites à de grandes salles où elles avaient été immédiatement mises au travail. Kevser s’était retrouvée dans la même salle que trois de ses filles. Le moine qu’elle devait servir fut immédiatement soumis à un sort, tout comme les autres personnes de la pièce. Elle était tranquillement assise dans un coin à les regarder baiser les uns avec les autres sans distinction, et si on leur demandait, le lendemain matin si elle avait participé, ils répondraient tous, sans hésitation que oui. Ils seraient même en mesure de donner des détails. Lesquels ? Le sort laissait faire leur imagination. C’était pour ça que Tali était aussi appréciée. On ne pouvait rêver mieux qu’elle. Ferial avait été installée dans une autre salle un peu plus loin. Kevser l’avait vue arriver, l’air fatiguée, et s’effondrée à côté d’elle.
« Qui aurait pu penser qu’il y en aurait tant qui voudrait payer pour être humiliés ? »
Kevser sourit, sans détacher ses yeux de la scène qui se jouait devant elle.
« Il n’y a pas assez d’autorité ici. Normal qu’ils aient besoin de tes services. »
« Je n’ai jamais été aussi contente d’être un Mage. » Ferial frissonna à côté d’elle. « J’ai complètement caché ce qu’ils faisaient et ce qu’ils croyaient que je leur faisais. Dé-goû-tant. »
« Mmm. Ne me fais pas croire que ta cravache n’a pas servie, je ne te croirais pas. »
Ferial sourit à son tour.
« Je l’ai peut-être utilisée une fois ou deux. »
« C’est déjà un peu plus crédible. »
« Comment est-ce que tu peux regarder ça ? Tu as un bordel, tu as du voir ça des dizaines de fois, quel est l’intérêt ? »
Ferial posait exactement la bonne question. Il était temps d’aller se coucher.
« Je trouve ça absolument stuprafiant. » Elle se leva et tendit sa main à Ferial. « Allez debout, il est temps d’aller se coucher. Nous aurons beaucoup de route à faire demain. »

Ferial se mit debout à sa suite et la laisser la guider jusqu’à la chambre qui avait été préparée pour Ezek. Le jeune homme s’était installé sur le sol du mieux qu’il pouvait. Kevser lui jeta un sort pour qu’il passe une meilleure nuit et qu’il soit plus en forme le lendemain. Ferial pendant ce temps là n’était pas restée à rien faire : elle s’était installée sur le lit et s’était endormie comme une souche. Kevser leva les yeux au ciel. Elle était sûre que cette garce l’avait fait exprès. Bien sûr, un Mage de Tau ne pouvait pas dormir par terre. Kevser la secoua mais elle fit mine de ne pas se réveiller. Très bien. Kevser la fit rouler un peu pour avoir de la place et se coucha à côté d’elle. Elle la sentit devenir complètement rigide et essayer de s’éloigner en ayant l’air de toujours dormir. Kevser n’avait pas été dupe une seconde. Qu’avait-elle cru ? Qu’elle irait dormir par terre gentiment ? La petite Mage rêvait toute éveillée. Kevser s’installa confortablement et passa un bras autour de la taille de Ferial qui sursauta mais continua de jouer les endormies. Aucune ne semblait vouloir céder. Kevser ferma les yeux. Elle avait mérité son lit. Si le mage était trop embarrassée, elle pouvait aller dormir par terre. Kevser ferma les yeux, et s’endormit, la tête contre le dos de Ferial.




Note 3 : n'oubliez pas de reviewer !! Parce que je suis dingue des commentaires.
Note 4 : j'essaie de poster la suite demain ou vendredi soir...



(9 comments) - (Post a new comment)


[info]fuyu_tokyo
2005-11-23 01:32 pm UTC (link)
yeah, la suite aussi vite, c'est mieux qu'en rêves !! Vendredi soir ça serait cool, après une journée de révisions...

(Reply to this) (Thread)


[info]azhureheart
2005-11-23 10:23 pm UTC (link)
bah pas trop le choix faut que l'histoire soit bouclée pour le 30 !!!
je fais mon maxiiimum^^

(Reply to this) (Parent)


[info]lilibel
2005-11-23 02:05 pm UTC (link)
j'adore toujours
hihi

go on honey

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(Anonymous)
2005-11-23 03:01 pm UTC (link)
"Je trouve ça absolument stuprafiant!" dixit Kevser
hihi! moi aussi!!
la suite? :D
adore t dialogues, tout à fait...... toi!
myrrha

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[info]azhureheart
2005-11-23 10:25 pm UTC (link)
rhoo bah c gentil ça miss cécile^^

bah je bosse sur la suite là, le plus tôt possible elle sera là^^

demain ou après demain !!

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[info]rosengirl
2005-11-23 10:42 pm UTC (link)
Super bien ^^

C'est quoi ce monastère ??? LOL

Bon je me joins aux autres : la suite vite ^^

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[info]angeliksmall
2005-11-24 09:03 pm UTC (link)
Oh maintenant je sais ce que font les moines pervers^^, le coup de la cravache c'est trop fort! Ouai Ferial la manie bien bizarrement. J'adore la relation de Kev/Ferial genre chien et chat que tout attire. J'ai hâte de revoir réunion Volner et "cute" Mum Kev moi!! La suiteeeee

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[info]azhureheart
2005-11-25 05:48 am UTC (link)
LOL. j'ai pas pu m'en empécher... j'aime les moines seulement quand ils sont pervers. LOL jeez volner volner volner... tsss. chapitre 9. I think

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[info]jedicathy
2005-11-27 12:54 am UTC (link)
j'ai enfin lu !
me frappe gt trop morte pour apprécié jusque maintenant mais au moins là je peux dire j'adore !
lol
j'adore comment évolue la relation Ferial/Kevser... elles sont trop marrantes lol et j'ai hâte de revoir volner ^^

bon je lirai le chapitre 8 demain... ouf déjà 2h du matin... dodo !

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