Le Baron Kevser ([info]baron_kevser) wrote,
@ 2005-11-26 15:36:00
Previous Entry  Add to memories!  Tell a Friend  Next Entry
Current music:E.S. Posthumus - Nara

Chapitre 8
Nb de mots : 5332
Nb de mots total :41228
Facteur stress : INTENSE
Note : Latex me dit clique clique clique sur l'icône du TC... vient jouer avec nous... et je résiste. Mais pour combien de temps encore ?


Chapitre 8




Ferial se réveilla en sentant Kevser bouger derrière elle. C’était la troisième fois déjà. Elle avait mis des heures avant de s’endormir et à chaque fois que Kevser bougeait, même de façon infime, elle se réveillait en sursaut. Les mains de la jeune femme étaient nouées sur son ventre et elle ne pourrait sans doute pas se lever pour aller dormir ailleurs sans la réveiller. Et si c’était le cas, elle saurait qu’elle avait gagné. Et ça, Ferial le refusait. Oh à quel point cette situation pouvait être ridicule. Elle qui dormait si profondément d’habitude, elle qui pouvait s’endormir dans n’importe quel endroit et se réveiller fraîche comme une rose et prête à en découdre, elle était là, incapable de penser à autre chose qu’aux mains et à la tête qui se reposaient sur elle. Elle détestait Tali. Kevser. Peu importait en fait. Ezek ne savait pas quelle chance il avait de dormir sur ce sol froid et inconfortable… Pourquoi avait-elle tenu à avoir le lit ? Elle continua de pester un moment à voix basse, maudissant son sort.

« Arrête de parler, et rendors-toi. »
Le destin avait décidé de s’acharner sur elle : Kevser était réveillée.
« … »
« Ne fais pas celle qui n’entend rien et ne prétends pas dormir… Tu parlais il y a quelques secondes. »
« Pour ta gouverne, sache que j’aurais pu m’être rendormie. »
« Bien sûr… Juste au moment où tu as réussi à me réveiller. »
Ferial déglutit en sentant les mains de Kevser remonter sur sa taille.
« Ferial, détends-toi. Qu’est-ce qui pourrait bien t’arriver pendant ton sommeil, hein ? »
Son rire clair résonna contre son dos.
« Crois-moi, si je voulais tenter quelque chose cette nuit, ce serait déjà fait… et tu serais nettement plus détendue que ça. Remarque, c’est peut-être ce qu’il te faut… »
Ferial bondit en sentant une main sur sa cuisse.

Kevser rit de plus belle derrière elle. Elle était paralysée. Comment devait-elle réagir ? Elle n’avait jamais été aussi tiraillée… Et pourtant avec Antse, la culpabilité et la honte l’avaient rongée pendant des semaines. Le cas Kevser était encore pire que ça, parce que ce n’était pas vraiment à elle qu’elle s’opposait, mais à la Guilde. Coucher avec Bian et Oxane n’avait jamais posé ce genre de problèmes. Leur arrangement était beaucoup plus simple. Lorsque l’un d’eux était à Perk, rentré de mission, il passait voir si l’un des autres étaient disponibles ; si c’était le cas, parfait. Sinon, un long bain et quelques jouets faisaient patienter. Il n’y avait aucun conflit d’intérêts. Elle serait déjà en assez mauvaise posture avec Maître Cianith pour avoir laisser mourir les autres à Tepsa, elle n’avait pas besoin qu’il apprenne qu’elle avait couché avec un Mage renégat. Ou autodidacte. Elle voulait cette promotion.

Elle était en train de se dire qu’aller dormir par terre, maintenant, ne lui causerait plus de tort, parce qu’elle ne pouvait plus tomber plus bas, quand elle entendit murmurer à son oreille.
« Chelk ter sasa. »
La garce n’avait quand même pas osé la…

Cette fois, lorsqu’elle se réveilla, il faisait jour. Ezek était debout près de la fenêtre. Il avait l’air d’avoir bien dormi. Il devait être habitué à dormir à la dure… Ce qui était surprenant s’il était vraiment un assassin hors pair comme on le lui avait laissé entendre… D’un autre côté, peut-être que la vie de criminel à Tepsa était moins strass et paillettes qu’elle ne le croyait. Elle aussi en fait avait particulièrement bien dormi. Elle voulut s’étirer mais constata avec surprise que son bras était coincé sous quelque chose de lourd.

Ses pensées convergèrent automatiquement vers les dernières choses dont elle se souvenait. Le Monastère d’un genre très particulier, les moines qui souhaitaient être corrigés… et la chambre d’Ezek. Kevser qui l’endormait d’un sort. Incapable de regarder, elle tâtonna de son bras libre pour vérifier son horrible hypothèse. Elle sentit des cheveux sous ses doigts mais pas de tête… Oh… c’était donc ça qui pesait si lourd sur son côté gauche qu’elle ne le sentait plus. Oh oh. Son esprit encore embrumé par le sommeil et le sort finit par faire la connexion. Elle se leva d’un bond, envoyant Kevser par terre. Elle grimaça de dégoût, en essuyant sur les draps ses doigts pleins de salive.

Kevser, sur le sol, réveillée sans doute par l’atterrissage brutal, se redressa sur le coude.
« Merci Ferial, charmante conclusion pour cette nuit exceptionnelle, » railla-t-elle.
Ezek était mort de rire mais tendit une main à son maître pour l’aider à se relever. Kevser l’éloigna d’une tape.
« Remarque, je n’ai pas de quoi me plaindre, je me suis déjà réveillée avec pire que tes doigts dans ma bouche.»
Ferial était dégoûtée, médusée, et embarrassée aussi. Elle était debout, perchée sur le lit en sous-vêtements et deux moins que rien se fichaient d’elle. Kevser la regardait dans les yeux, sans ciller. Que voulait-elle donc à la fin ?

« On ne devrait pas traîner, » finit par dire Ezek que le concours de regards commençait à ennuyer. « On a une longue route à faire et le frère Puke est impatient de nous voir partir. »

Quel vieil hypocrite celui là.

«Ce n’est pas ce qu’il disait hier quand il m’appelait Maîtresse et me suppliait de le pardonner.»

Ezek fut le premier à pouffer, mais elles suivirent toutes les deux un instant plus tard. Kevser se releva et elle descendit du lit. Ils continuèrent à déblatérer sur les moines en s’habillant. En un peu moins d’une heure, ils avaient retrouvé tout le monde et faisaient de nouveau route vers Perk.

Cette fois, les femmes de leur chariot ne parlait que des moines et du monastère étonnant qu’elles venaient de quitter. Bien que cette première visite à domicile ait été voulue une démonstration gratuite du savoir-faire des filles du Baron Kevser, certaines avaient obtenu quelques pièces d’un ou deux moines trop gentils ou au goût trop spéciaux. Cela ne dérangeait pas Kevser apparemment.

«Elles n’ont pas tant d’occasions que ça de se faire de l’argent de poche. J’y trouverais mon compte plus tard. Les moines ont apprécié, je suis presque certaine qu’ils feront appel à moi et elles, elles sont contentes. Et je gagne bien plus lorsqu’elles sont contentes.»
«Je n’en doute pas.»
«T’es un peu étrange pour un Mage quand même.»
«Comment ça ?»
«Tu réagis bizarrement pour quelqu’un qui a envie de moi.»
Ferial la regarda en faisant celle qui ne comprenait pas. Kevser n’avait pas l’air d’être dupe.
«Peut-être que j’ai envie de toi. Peut-être. Mais j’agis de façon complètement naturelle.»
«Les mages ne s’embarrassent pas de détails d’habitude. Hier j’avais imaginé que tu serais moins passive. Que tu profiterais un peu plus de la situation.»
Ferial vit avec horreur, du coin de l’œil, que les autres femmes les écoutaient en chuchotant entre elles.
«Tu te rappelles quand tu m’as jetée sur la table, la première fois que tu m’as vue ? Quand j’étais sur tes genoux près du comptoir… Tu n’étais pas si fuyante.»
«Je pensais que tu étais juste Tali. Maintenant je sais que tu es le Baron Kevser en personne.»

Kevser ne lui répondit pas mais elle devait réfléchir sur ce qu’elle venait de dire. Ferial voulut remonter sur son nez ses lunettes absentes et regretta une fois de plus de ne pas avoir pu les faire remplacer. L’expression sur le visage de Kevser la mettait mal à l’aise.

«Qu’est-ce que tu vas faire après avoir retrouvé Volner ?»
«Rentrer à Tepsa, reprendre la où on en était resté.»
Ferial n’en croyait pas ses oreilles.
«Mais tu ne peux pas ! La Guilde ne te laissera jamais faire. Tu devrais venir étudier à Tau. Tu es un Mage. Ta place est parmi nous.»
Kevser renifla, méprisante.
«Je ne crois pas non. De toutes façons, la Guilde a bien d’autres problèmes que moi en ce moment. Et je ne veux rien avoir à faire avec Tau.»
Ferial eut l’impression de recevoir une gifle en entendant ça. Elle referma sa main sur son pendentif, seule chose de Tau qu’elle avait encore avec elle.
«Tout ça sera vite oublié. Et Tau reviendra plus forte que jamais.»
Elle n’y croyait pas elle-même, mais elle avait besoin de le dire si elle ne voulait pas devenir folle.

«Ouvre les yeux, Ferial. Personne ne vous soutient. Personne. La Guilde n’a jamais rien fait pour le peuple sinon voler des enfants à leurs familles, le Supra peut vous faire tout ce qu’il veut, personne ne réagira. L’Omi vous hait parce que vous les rabaissez constamment, personne n’est aussi doué qu’un Mage. Vous avez ruiné des Archis, des marchands, des commerçants quand vous avez commencé à acheter des terres pour vous auto suffire. Personne ne vous regrettera.»
«Tu me fais bien rire,» cracha Ferial, qui avait besoin de s’en prendre à quelqu’un, «Sans nous, personne ne serait en sécurité, tu crois que c’est l’Omi qui régule la criminalité ? Tu crois que les digues et les ponts, et les forts tiendront combien de temps sans nos Théoriciens ? Tu crois peut-être que le Suprôme a oublié ce qu’est une épidémie par miracle ? Sans nous, ils seraient tous pire que des enfants. Ils ont besoin de nous pour survivre.»
«Au départ, peut-être que ce serait dur,» accorda Kevser, «mais nous ne sommes pas stupides. Nous arriverions à nous passer de vous en rien de temps. Tous les enfants apprennent à voler de leurs propres ailes. Les Mages ne sont aussi pas irremplaçables que vous voulez nous le faire croire.»
«Nous, nous, nous… Je n’arrive pas à croire que tu te considères comme l’une des leurs. Tu n’as rien en commun avec ces gens là, tu es meilleure qu’eux. Tu crois qu’il y a un autre endroit que Tau où les femmes sont les égales des hommes ? Un autre endroit où tous les nôtres reçoivent la même éducation quelles que soient leurs origines avant de pouvoir librement choisir ce à quoi ils consacreront leur vie ? La seule raison pour laquelle tu as pu devenir le Baron Kevser, c’est parce que tu es une Mage. Et si on venait à apprendre que tu es un Mage, dans le climat actuel, tout le monde se fichera que tu sois de Tau ou non. La loyauté, première, immédiate et inébranlable comme elle est entre tous les Mages, n’existe pas en dehors de Tau. Il n’y a que corruption, violence et vice ailleurs dans le Suprôme.»

Kevser rit.
«Si tu avais rencontré les mêmes Mages que moi… Tu idéalises trop. Et avant que je ne rejette Tau, c’est vous qui m’avez rejetée. A une époque j’aurais donné n’importe quoi pour vous rejoindre. Quand j’avais onze ans, j’ai été vendue au Souffle du Désir. J’y suis devenue Tali, la prostituée, avant même qu’un de tes précieux Mages ne viennent dans le village de mes parents. Pendant trois ans, Tali et le Souffle du Désir étaient tout ce que j’avais, tout l’avenir que je pouvais voir. Et puis le Vieux est devenu un de mes clients réguliers. C’était un Mage. Quand il en avait fini avec moi, il croyait me faire plaisir en me montrant des tours. Et je me suis aperçue, par hasard, que je pouvais faire la même chose. Je me suis entraînée, et je lui ai montré, parce que je pensais qu’il me sauverait. Qu’il m’emmènerait avec lui jusqu’à cette Guilde de Tau dont il parlait avec tant de révérence. Que je deviendrais une apprentie parce que j’étais un Mage. Ou, au moins je pouvais le devenir. Et que crois-tu que ce Mage a fait, Ferial ? Est-ce que tu crois qu’il a été soudain submergé de loyauté à mon égard parce que j’étais un Mage, tout comme lui ?»

Kevser la regardait, attendant une réponse. Ferial détourna les yeux. Elle savait ce qui allait suivre et ne voulait pas l’entendre.

«Je vais te le dire puisque tu ne veux pas essayer de deviner. Il a été pris de panique. Il m’a battue et n’est jamais revenu. Il a certainement eu peur pour sa réputation, si on venait à apprendre dans quelles circonstances il m’avait trouvée. Il m’a laissée là-bas, Ferial. Il aurait pu me sauver. Il aurait du me sauver, mais il a préféré sauver sa réputation et celle de Tau. Vous agissez tous comme ça. Vous, votre réputation, votre Tau passent avant tout le reste.»

Ferial ne pouvait accepter que Kevser dise la vérité. Tau n’accepterait jamais un comportement pareil chez un des siens. Les Mages - aucun Mage- ne laisseraient jamais un des leurs dans une situation pareille. Surtout pas un apprenti ou un futur apprenti. Jamais. Elle aurait voulu pouvoir lire la jeune femme en face d’elle pour prouver qu’elle mentait. Elle imaginait déjà les accords discordants de sa voix menteuse à ses oreilles. Elle ne pouvait pas dire la vérité.

Mais lorsqu’elle releva les yeux, prête à démentir tout ce que Kevser venait de dire, elle s’en trouvait incapable. Elle aurait voulu nier ce qu’elle venait t’entendre, mais en regardant dans les yeux bleus profonds de Kevser, elle sut qu’il ne pourrait y avoir de dissonances lors d’une lecture. Face à elle, les traits de son visage durcis, sa détermination dans son attitude, elle pouvait presque sentir la magie s’échapper de Kevser, un peu comme lorsqu’un sort allait être lancé. Sauf que ce n’était pas un sort, que la magie n’était pas affinée mais brute et lui imposait de comprendre qu’elle disait la vérité.

«Est-ce que tu connais son nom ?»
Kevser rit à nouveau, amère.
«Pour que vous le tuiez pour vous donner bonne conscience ? Oh non. Une goutte d’eau. Votre système est aussi pourri que celui du Supra. Les Mages sont des hommes et des femmes comme les autres. Comment un système qui repose sur une confiance quasiment aveugle en ses membres pourrait fonctionner sans problème ?»

Ces paroles, bien plus que le reste, lui firent mal. Ils étaient une famille. Elle ferma les yeux et expira en silence. Il fallait qu’elle médite, il fallait qu’elle parle de tout ça avec quelqu’un de la Guilde qui lui dirait que ce n’était que des conneries. Quelqu’un de Tau. Elle sentit une main sur sa jambe. Kevser venait de s’asseoir à côté d’elle. Elle retira le pendentif de sa main.
«Arrête de le triturer, tu vas le casser.»
Elle laissa retomber ses mains et commença ses exercices de méditation. Il fallait qu’elle y voie plus clair. Il fallait qu’elle retourne à Perk le plus tôt possible.

Kevser ne parla pas du reste de la matinée mais elle resta assise à côté d’elle. Ils s’arrêtèrent pour un déjeuner tardif sur le bord de la route. Ils avaient déjà fait les deux tiers du trajet prévu pour la journée. Elles descendirent toutes des roulottes pour manger avec les hommes, au milieu de nulle part. La forêt bordait la route des deux côtés et s’étendaient aussi loin qu’ils pouvaient voir. Ezek était déjà en train de sortir des provisions avec un mercenaire. Les quatre autres discutaient près de leur monture. Certaines des filles partirent aider Ezek, les autres se remirent à discuter dans leur coin en attendant de pouvoir manger.

Ferial avait une drôle d’impression. Il y avait quelque chose qui clochait. Plus elle regardait le convoi et ceux qui le composaient, plus elle était persuadée que quelque chose allait de travers. Il aurait pu s’agir de bandits, qui étaient assez courant sur les routes non Suprale, surtout lorsque les routes traversaient les forêts. Le seul défaut à cette théorie était qu’elle n’avait aucunement l’impression d’être épiée. Son regard se posa sur les mercenaires. Ils parlaient à voix basses et surveillaient Ezek du coin de l’œil. Qu’ils préparent un mauvais coup ne l’aurait pas étonnée. Ils avaient cet air du chat qui a attrapé le canari. Ils devaient penser pouvoir doubler le Baron maintenant qu’ils étaient loin de Tepsa. Ferial sourit et se tourna vers Kevser, postée à côté d’elle. Elle ne serait pas fâchée de montrer à ses rustres, à ce Borgi surtout, à qui ils avaient à faire. Et ça l’aiderait sans doute à évacuer un peu de toute cette tension qu’elle avait accumulée.

Mais Kevser ne lui prêtait pas attention. Elle avait les yeux tournés vers la forêt et semblait très concentrée. Ferial secoua son épaule pour la faire sortir de ses rêveries.
«Je crois qu’on a un problème,» dit-elle en indiquant du pouce les mercenaires.
Kevser sembla hésiter un moment.
«Plus tard, suis-moi.» Elle interpella ensuite l’assassin. «Ezek, on part faire un tour.»

Il hocha de la tête. Ferial ouvrit la bouche pour demander où elles allaient mais Kevser ne lui laissa pas le temps de répondre. Elle la prit par la main et l’entraîna dans la forêt. Qu’avait-elle donc vu ? A part des animaux et des bandits, il n’y avait rien dans cette forêt.

«Fais attention de pouvoir retrouver le camp,» lui demanda Kevser, «je ne peux pas faire attention au chemin.»

Elle ne voyait pas à quoi d’autre pouvait se consacrer l’autre femme mais elle lança un pointeur dans la direction des chariots tout en continuant à courir derrière elle. Elles n’étaient pas habillées pour ce genre d’exercices. Les jambes de Kevser n’étaient pas protégées contre les ronces, et comment pouvait-on donc se mouvoir décemment dans une combinaison en cuir ? Kevser semblait pourtant savoir où elle allait. Elles devaient s’être enfoncées d’un kilomètre dans les bois quand elle commença à entendre des cris au loin. Quel genre d’ouie avait donc cette femme ?

Les cris étaient de plus en plus proches, elle pouvait distinguer deux voix d’homme et une voix de femme. Ils ne devaient pas être à plus d’une trentaine de mètres devant eux. Kevser ralentit la cadence. Elle allait préparer un sort quand elle sentit quelque chose qui la stoppa net. Quelqu’un là-bas utilisait de la Magie. Elle abandonna Kevser et courut de plus belle dans la direction du sort.

Ils étaient là, trois hommes armés d’épées et une femme portant une robe de mage en fort mauvais état, et adossée à un arbre. Elle semblait prise au piège. Ferial s’arrêta en les découvrant. Les hommes étaient de l’Omi, cela ne faisait pas de doute. Elle reconnaissait leurs uniformes de vermines répugnantes. Elle sentit Kevser derrière elle.
«Je crois que je vais enfin pouvoir passer ma colère sur certains des porcs qui sont responsables de ce qui arrive.»

Elle avança vers eux, bruyamment, sans se cacher le moins du monde.
«Elle sort d’où celle là ?»
«J’aimerais vous dire que je suis un esprit de la forêt mais je suis seulement un Mage complètement furieux.»
«Un mage ?»
«Avec des fringues pareilles ?»
«Je croyais qu’il n’y en avait qu’une qui s’était échappée ?»
Elle toussota pour recapter leur attention.
«Rendez-vous immédiatement ou je m’arrangerais pour que votre mort soit plus douloureuse que nécessaire.»
«Ils sont protégés !» cria le Mage.

En entendant leur prisonnière parler, l’un des hommes la gifla sans retenue, la faisant tomber en arrière. Cette scène provoqua chez Ferial un court-circuit. L’Omi ne levait pas la main sur les Mages.




Kevser n’avait pas suivi Ferial aussi près des trois gardes et de leur prisonnière. Elle était pratiquement sûre qu’ils ne l’avaient pas encore vue. Elle vit Ferial lancer le sort qu’elle avait amorcé mais rien ne se produisit. Le Mage avait l’air surpris. Kevser faillit intervenir en voyant un des hommes foncé sur elle : Ferial n’était pas armée. Du moins c’est ce qu’elle croyait, car le Mage para de sa cravache ce qui lui laissa juste le temps d’envoyer un bon coup dans les tibias de l’homme. Il n’était pas assez fort pour le déséquilibrer mais suffisamment pour le faire reculer et si elle ne se trompait pas, pour qu’elle se crée un bouclier.

«Ils sont protégés,» répéta le Mage contre l’arbre, d'une voix désespérée.

Kevser se doutait bien qu’un garde de l’Omi n’aurait pas du être protégé contre les sorts d’un Mage. Ce n’était pas possible. Sauf si elle n’était pas la seule à avoir eu vent du marché noir de protections qui avait duré quelques semaines avant que l’Oma n’y mette un terme l’année dernière. Peut-être que l’Oma n’avait pas réussi à tous les récupérer. Peut-être que le Supra ou un de ses Archis en avaient mis de côté. Elle essaya d’enflammer l’un des hommes, par acquis de conscience, mais sans plus de succès que Ferial. Le sort semblait absorbé. Elle eut juste le temps de se créer un bouclier à son tour avant que l’Omi le plus proche d’elle ne vienne l’attaquer. La jeune femme qui était à terre, un peu plus loin, frappa le garde qui était resté près d’elle. Il glapit un peu sous la douleur mais l’assomma d’un coup de coude dans le nez.

«Kevser, ton poignard, utilise-le ! Il ne sera pas plus arrêté que mon pied ou son poing.»

Kevser souleva sa jupe et dégrafa le poignard qu’elle accrochait à sa cuisse et qu’elle camouflait d’un charme pour que personne ne le voie. Elle avait un poignard, soit, mais elle ne pouvait toujours l’utiliser. Si elle n’abaissait pas son bouclier, il ne servait à rien, et si elle abaissait son bouclier, il y avait de bonnes chances qu’elle se fasse massacrer… à moins qu’elle…

Ferial avait du trouver le temps long, parce qu’elle se trouvait à présent devant elle. Kevser jeta un coup d’œil aux gardes : elle avait du frapper le même une deuxième fois en visant plus haut. L’autre garde s’écarta prudemment. Tant qu’elles portaient des boucliers, il n’y avait pas grand-chose qu’ils pouvaient faire. Mais ils leur suffisaient d’attendre qu’elles soient vidées et elles seraient aussi faciles à avoir qu’une de ses filles.

«Abaisse ton bouclier,» lui chuchota Ferial.
«Quoi ?» Il n’en était pas question.
«Fais-moi confiance, abaisse-le, j’ai une idée.»

Kevser se promit de la tuer, réellement, si elle se foutait de sa gueule et comptait se servir d’elle comme d’une distraction et fit ce qu’elle lui demandait. Mais Ferial abaissa aussitôt le sien puis l’attrapa par la taille pour la plaquer contre elle avant de recréer un bouclier autour d’elles d’eux.
«Je me trompe où tu ne sais pas utiliser ton poignard et ton bouclier en même temps ?»
Cela avait l’air d’amuser le Mage. Kevser haussa les épaules.
«Tau à ses avantages, tu ne crois pas ?»
«On pourrait peut-être débattre de ça plus tard, non ?»
«Je maintiens le bouclier. Sers-toi de ton poignard,» murmura Ferial à son oreille pour que les trois hommes n’entendent rien. «S’ils sont intelligents, ils essayeront de nous éviter et il faudra les séparer de l’autre Mage. S’ils sont stupides, tue-les. Tu crois que vas pouvoir le faire en étant accrochée à moi ?»
«Je peux avoir plus de marge ?»
«Pas tant que ça…»
Ferial lâcha sa taille pour la prendre par la main.
«Il va falloir faire vite, je vais être vite épuisée si on se touche aussi peu.»
«Je peux faire vite s’ils sont stupides. Mais s’ils ne sont pas si stupides, une fois qu’ils sont loin de ton amie, qu’est-ce qu’on fait ?»
«Laisse-moi m’occuper de ça, tu veux ?»

Elles s’avancèrent vers le garde qui se tenait près de la Mage. Il ne recula pas assez vite pour échapper complètement à un coup de poignard de Kevser qui le blessa à l’épaule. Ils paraissaient tous surpris de voir qu’elle pouvait les blesser comme ça. Que croyaient-ils donc que leur babiole les rendait invincibles ? Il lui suffit de faire quelques moulinets pour l’éloigner.
«Vous ne perdrez rien pour attendre. On a tout notre temps, nous. Mais ce n’est pas votre cas, n’est-ce pas ?» dit l’un des gardes.
Ce qui était complètement vrai. Elle espérait que le plan de Ferial était bon, parce que sinon, elles allaient vite avoir des problèmes. Elle la sentait préparer un sort, mais elle ne pouvait pas espérer que celui- là justement passerait les défenses des trois hommes. Ce n’est qu’en voyant le sort partir dans le sol qu’elle en comprit l’ingéniosité.

Ils étaient protégés contre les attaques magiques directes par contre les conséquences d’un sort sur leur environnement par exemple. Les racines des arbres se redressèrent soudainement et comme de petites épées de bois, s’enfoncèrent dans les jambes des trois gardes qui se trouvaient là. Le sort agissait sur les racines, pas sur eux et passait donc à travers leurs défenses sans aucun problème. Elle n’avait pas besoin de se tourner vers Ferial pour savoir qu’elle souriait de toutes ses dents en entendant les hurlements des trois hommes. Elle lui lâcha la main et fit tomber le bouclier avant de se précipiter voir comment allait sa collègue de Tau.

Kevser, elle, préféra alla voir de plus près les trois hommes. Peut-être avaient-ils des informations sur Volner. Ils faisaient peine à voir, comme ça. Un seul seulement avait encore son épée dans la main. Les deux autres les avaient laissées tomber. Elle préféra commencer par celui-là, elle le contourna et l’égorgea proprement, répondant son sang sur ses deux amis. Au moins, cela instaurait le climat.
«Bon, messieurs, vous avez deux possibilités, soit vous parlez, soit je vous laisse là, un peu plus estropiés pour que les animaux vous retrouvent et s’occupent de vous. Où sont emmenés les guérisseurs ?»
«A Perk,» répondit immédiatement l’un d’eux.
«Je le sais déjà, ça, il va falloir être plus précis.»
«Au quartier général de l’Omi à l’entrée de la ville. En attendant que le Supra décide…»
Kevser leva les yeux au ciel. C’était presque trop facile. Si l’homme n’avait pas été en train de pleurer de douleur, elle ne l’aurait pas cru.
«Est-ce que c’est vrai,» demanda-t-elle à l’autre.
«Oui, pitié madame, pitié. C’est vrai. On doit les emmener là-bas, c’est tout…»

Et les traquer. Et les maltraiter en route. Et qui savait quoi d’autre encore ? Elle trancha la gorge du premier qui lui tomba sous la main. Le troisième ne comprenait visiblement pas ce qu’il se passait.
«Mais vous aviez dit…»
«J’ai dit que je ne vous laisserai pas aux animaux… Vous devriez être contents, Ferial aurait été plus lente. Je suis certaine qu’elle aurait tenu à s’amuser avec vous avant de vous tuer.»
Elle acheva son travail d’un coup net, coupant court aux jérémiades du dernier Omi... sans mauvais jeu de mots.

Lorsqu’elle se intéressa de nouveau à Ferial, elle vit qu’elle tenait l’autre Mage dans ses bras. Elle ne semblait pas être très à l’aise avec ça, mais l’autre avait les bras passés autour d’elle.
«Non pas que je veuille briser se touchant moment, mais il faut qu’on retourne au convoi.»
L’autre Mage, une jolie blonde, au visage un peu sale, soit, mais jolie quand même, se détacha de Ferial et la regarda avec gratitude. Son air sombre dut la dissuader de lui sauter au cou parce que le mouvement qu’elle avait esquissé avorta immédiatement.
«Je suis le Mage Guérisseur Antse.»
«Kevser.»
«De l’Oma aussi ?»
«Non, je ne suis pas de Tau.»

Le Mage, Antse, parut surprise avant que son expression se change en dégoût quand elle la détailla. Kevser lui renvoya un regard tout aussi amical. Si elle croyait qu’elle allait être impressionnée par sa robe à haut col…
«Pas un Mage de Tau, je ne sais pas pourquoi ça ne m’étonne pas d’une de tes fréquentations Ferial. Habillée comme une catin en plus…» elle prit le temps de jaugea Ferial, «d’un autre côté, toi aussi, tu as opté pour un style dépravé. Tu as finalement décidé d’opter pour une voie qui te convenait mieux ou tu as simplement préféré fuir devant le danger en abandonnant ta Guilde ?»

Kevser aurait bien eu envie de lui faire comprendre que la relative sécurité dans laquelle elle se trouvait à présent pouvait basculer en un instant si elle ne se calmait pas. Mais Ferial avait l’air plutôt calme. Plutôt heureuse de voir l’autre Mage, malgré les insultes.

«Nous allions vers Perk quand on a entendu une petite fille pathétique appelée à l’aide… Même pas capable de se défendre et ça se prétend un Mage. Mais dis-moi, et toi, où est-ce que tu allais exactement ? Parce que à part courir en pleurant, je ne t’ai pas vu faire grand-chose pour aider ta Guilde, Antse.»
«Je me suis échappée hier ! C’est plus que tu n’aurais jamais pu faire.»
«Tu plaisantes ? Tu sais combien d’Omi j’ai tués à Tepsa ?»

Kevser regardait les deux Mages de Tau avec beaucoup de perplexité. D’abord, elles se serraient dans les bras l’une de l’autre, puis elles s’insultaient copieusement et elles finissaient par comparer leurs prouesses. Charmant. C’était donc ça, la grande famille de Tau. Kevser préférait de loin la sienne. Même Park et Jellier ne se disputaient de façon aussi stupide. La dernière journée de voyage risquait d’être très longue. Et elle doutait que les Mages acceptent de rester sur le bas côté pendant que le convoi partait.

«Ferial, tiens ton amie en laisse, il faut qu’on rejoigne le convoi, maintenant. Si vous tenez tant à vous disputez, faites le en route.» Elle fit une pause. Ferial avait le bon goût de paraître gênée. «Tu as toujours le chemin ?»

Ferial lui fit signe que c’était le cas, en effet, et prit la tête du groupe. Kevser la suivait, et la dénommée Antse fermait la marche. Elle n’arrêtait pas de poser des questions mais ni elle, ni Ferial ne souhaitaient y répondre apparemment. Finalement, la route apparut de nouveau. Le convoi était là, mais le problème que le Mage de Tau avait présenti avant de partir. Ezek était entouré de cinq mercenaires qui ne semblaient pas excessivement bien disposer à son égard. D’ailleurs une partie du déjeuner avait été renversée.

Kevser n’était vraiment pas d’humeur à supporter ce genre de problème maintenant. Elle changea la couleur de ses yeux d’un sort, les rendant vairons parce que la «marque du mal» impressionnait toujours les imbéciles et lança une inflammation sur le premier crétin de mercenaire venu. Deux des hommes s’enflammèrent presque simultanément. Elle était douée, mais pas à ce point. Elle se tourna vers Ferial, qui lui fit un clin d’œil. Avoir retrouvé un Mage la mettait de bonne humeur, il semblait.

«Vous trois, regardez-moi,» ordonna-t-elle aux mercenaires restant qui déglutirent devant son regard. Elle ne devait pas avoir l’air aimable aspergée de sang, un poignard encore humide à la main. «Vous avez deux possibilités, soit vous vous tenez tranquilles et vous oubliez vos plans pour me doubler, soit je vous fait flamber dans l’instant. Qu’est-ce que vous choisissez ?»
«Ba… Ba… Baron… Ke…,» fit le seul qui avait encore quelques neurones.
Agacée, elle lui confirma qu’elle était bien le Baron Kevser.
«Qui d’autre voudrais-tu que je sois, de toutes façons ?»
L’homme déglutit.
«Je suis à votre se se service, Baron Kevser.»

Ca c’était un son qu’elle aimait entendre. Un homme qui tremblait devant elle par peur de mourir. Elle fit signe à Ezek de s’occuper d’eux et du reste du déjeuner avant de se tourner vers Ferial.
«Il va falloir que ton amie accepte quelques règles simples.»
«Antse n’a jamais été très obéissante, malheureusement,» répondit Ferial avec un sourire.
«C’est ta responsabilité. Qu’elle se tienne tranquille, que je ne la vois pas s’en prendre à mes hommes ou à mes filles, et tout se passera bien.»
«Je vais essayer de la convaincre,» répondit Ferial en jetant un coup d’œil à Antse, silencieuse à côté d’elles et qui semblait examiner le camp, «mais il faudra qu’on discute toutes les deux.»
«Vraiment ?»
«Oui. Il faudra que je te remercie de la façon dont tu as retrouvé Antse.»
Oh… ça.
«Nous devrions pouvoir trouver un moment tout à l’heure. Essaye de garder le nombre de tes disputes avec ton amie au minimum. Vous êtes de la même famille après tout.»
«Justement. C’est juste comme à Perk. Quand nous nous disputons.»

« Kevser ! »

Ezek avait besoin d’elle. Elle laissa Ferial avec l’autre Mage et rejoignit son assassin. La pause déjeuner avait toutes les chances de durer encore quelques temps.




Note : Le chapitre 9 devrait suivre d'ici quelques heures



(4 comments) - (Post a new comment)


[info]angeliksmall
2005-11-28 10:19 am UTC (link)
Je vais lire le chapitre neuf de suite^^

(Reply to this)


[info]azhureheart
2005-11-28 11:59 am UTC (link)
et que penses-tu du 8 ? alors ?

(Reply to this)


[info]fuyu_tokyo
2005-11-28 08:30 pm UTC (link)
Héhé, intéressant, intéressant... :)

(Reply to this)


[info]rosengirl
2005-12-01 07:30 pm UTC (link)
Moi j'aime bien le retour d'Antse, je l'avais trouvé marrante avec Ferial au début.

Sinon je suis tjrs derrière ma petit Kev, la guilde c'est nuuuuuuuul ! ^^

(Reply to this)


(4 comments) - (Post a new comment)

Create an Account
Forgot your login or password?
Login w/ OpenID
English • Español • Deutsch • Русский…